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[Anthsol] He's a criminal

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Silen
Sadique Régulier
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Mer 7 Sep - 20:23
Attention ! Ce texte contient un lemon qui sera mis sous spoiler de toute façon !

PDV Absol
Je venais de rentrer dans le pub, jetant un regard circulaire sur toutes les personnes présentes. Je m’avançai vers le bar et m’assis à côté d’un jeune homme coiffé d’un borsalino noir. Il était penché sur son verre de whisky, tête baissée, et semblait réfléchir.
Tandis que je commandais un martini, quelqu’un vint s’asseoir sur le tabouret à la droite du mien.
- Tiens, Alexis ! s’écria-t-il en me regardant.
Je tournai la tête vers lui et remarquai, surpris, que c’était un ami de longue date.
- Hey Romain ! souris-je. Qu’est-ce que tu fais là ?
- Tournée journalière ! Et toi ? me demanda-t-il.
- Ça faisait un moment que je voulais passer et j’ai enfin trouvé le temps… lui répondis-je.
- Et comment ça va ? questionna-t-il, joyeux et visiblement déjà amoché par l’alcool.
- Ça va… Le temps passe et je travaille beaucoup alors je le vois pas passer, soupirai-je. Ça fait combien de temps qu’on ne s’est pas vu ?
- Ça doit bien faire deux mois… remarqua-t-il en réfléchissant.
- Ouh là… Ça fait un moment… Et toi ? Ça va ?
- Moi ? Mais ça va toujours ! cria mon ami en riant.
Je souris en le regardant aussi heureux et… vivant ? Ouais, c’est comme ça que je le qualifierais : il avait toujours été un bon vivant, buveur, joueur de carte et très bon danseur. Un peu mon contraire...
Romain regarda par-dessus mon épaule et fit signe. En me retournant, je m’aperçus que c’était à un petit groupe composé de deux jolies femmes et trois hommes tout aussi joviaux que lui.
- Je suis désolé, s’excusa-t-il, je dois y aller… On se revoit une prochaine fois, hein ? Et avant deux mois si possible !
- Ouais, ne t’en fais pas ! m’exclamai-je en forçant un sourire. Salut !
- Salut !
Je le regardai s’éloigner rapidement pour rejoindre le groupe avant de me retourner vers mon verre. Je l’empoignai et le bus d’une traite.
J’avais plutôt l’alcool triste… Enfin quand je buvais… Ce qui était assez rare. Je regardai mon verre vide, me sentant coupable. Ça faisait deux mois que je n’étais pas sorti de mon petit vingt mètres carré à part pour acheter de la bouffe et le journal de la semaine. Le nécessaire pour vivre, même si je ne vivais pas vraiment. Je travaillais et faisais juste de quoi me maintenir en vie.
Je m’enfilai rapidement deux autres verres de martini en soupirant. J’allais me faire un quatrième verre quand un rire à côté de moi attira mon attention. Je me tournais vers l’homme qui avait tourné sa tête vers moi.
- La vie est dure, hein ? dit-il en voyant mon air triste.
Je baissai la tête d’un geste lent.
- Ouais… dis-je à voix basse avant de me retourner de nouveau vers lui.
Je le regardai pendant un moment avant de me remettre à parler, content d’avoir un peu de conversation.
-Je m’appelle Alexis, et vous ? repris-je.
Il sembla surpris mais ne perdit pas son sourire énigmatique flanqué sur ses lèvres depuis la première fois que j’avais aperçu son visage.
- On m’appelle Anthox, me répondit-il.
- Anthox ? C’est spécial… remarquai-je.
- On me le dit souvent, rétorqua-t-il en haussant les épaules. Deux whiskys.
Le barman lui donna sa commande. Il me tendit l’un des verres.
- Tiens. Santé.
Il leva son verre et je fis de même avant de le boire cul sec, tout comme lui. Il paya ensuite et se leva en soulevant légèrement son chapeau.
- Salut et, un conseil, si tu me croises de nouveau, ne m’aborde pas.
Je ne comprenais pas ce qu’il disait mais acquiesçai, trop fatigué et amoché pour y réfléchir.
- On ne sait jamais, reprit-il en haussant les épaules, tu pourrais faire de mauvaises connaissances.
Il jeta un regard au barman qui examinait les billets qu’il lui avait donné, sourcils froncés, et fonça hors du bar.
- Hé ! m’exclamai-je en me relevant.
- Putain ! jura le barman avant d’aller voir les gorilles à l’entrée.
Je le suivis du regard. Il échangea quelques mots avec eux avant de revenir au bar.
- Tu te rappelles de son visage ? me lança-t-il.
Je réfléchis un instant, tentant de me le remémorer, mais en vain.
- Non… avouai-je.
- Ce bâtard a payé avec de la fausse monnaie !
Rageusement, il reprit son travail en jetant des coups d’œil à la porte. Il s’attendait certainement à voir d’une minute à l’autre un des gardes arriver avec Anthox.
Troublé par ce qui venait de ce passer et éreinté, je sortis du bar en payant ma part et en m’excusant de ne pas avoir pu l’aider. Ce fut chancelant que je rejoignis mon appartement et m’affalai sur le lit, m’endormant presque immédiatement.
Je me réveillai le lendemain matin aux alentours de dix heures avec la gueule de bois. Je ne cessais de repenser à ce qui c’était passé, ça m’avait tellement marqué… Toute la journée et même toutes les journées qui suivirent, je n’arrivais pas à m’enlever les événements de la tête. Cet homme si mystérieux serait-il un faussaire ? Un faux-monnayeur ? Sûrement pire… Rien que d’y songer me donnait des frissons… Je ne le revis plus – pas même au pub – pendant plus d’un mois.
Ce ne fut que lorsque je réussis à chasser tout ça de ma mémoire que je le croisai. Il avait la tête baissée et son éternel couvre-chef. Il releva la tête et me vit alors que nous n’étions qu’à un mètre de distance.
- Anth… commençais-je.
Il se rua vers moi et plaqua sa main sur ma bouche.
- Ta gueule… m’intima-t-il.
Il m’emmena dans une rue adjacente et nous passâmes au milieu des cadavres des clochards ivres propres aux bas-fonds de la capitale. Nous nous retrouvâmes sur une placette bordée d’ordure avec un seul petit arbre mort au centre. Il n’y avait personne et ça me donnait froid dans le dos… Il se tourna vers moi et j’aperçus sous ses lunettes de vue son regard noir. Malgré sa petite taille, il me dominait par son air décidé et confiant, son allure mystérieuse et ses gestes précis.
- Bon, cette fois-ci tu vas m’écouter ! s’énerva-t-il. J’ai été bien gentil avec toi en te disant mon nom mais maintenant tu vas la fermer ! Personne ne dois savoir que tu me connais, que tu m’as parlé et même que tu m’as vu, compris ? Et tu n’as pas intérêt à donner mon signalement à quiconque ou je te retrouve et t’étripe ! Compris ?
Je me crispai de peur.
- O-oui, bégayai-je. Compris… mais… pourquoi avoir donné des faux billets au barman ?
Je ne savais pas pourquoi je venais de poser cette question maintenant. Je craignais sa réaction… Je pensais qu’il allait me frapper pour me faire fuir mais non, il me regarda intensément comme s’il cherchait quelque chose avant de rétorquer.
- Je suis faussaire… Je peux imiter des billets de banque, des cartes d’identité, des passeports…
- Mais… Comment le barman a vu que c’était un faux ? demandai-je, intéressé.
Il soupira et sembla peser le pour et le contre.
- J’ai ma signature sur chaque chose que je fais. Un A en capital d’imprimerie dans un coin.
- C’est pas trop dangereux ?
Il rit de ma remarque, moqueur.
- Bien sûr que si ! répondit-il avec un air théâtral. Et c’est ça qui est beau. En dix ans de profession et malgré ma signature sur chaque pièce, personne n’a réussi à me coincer !
Il sourit en voyant mon air un peu perdu.
- Tous ceux qui se mettent en travers de mon chemin sont tués ou atrophiés à vie.
Il s’approcha de moi avec un sourire mauvais.
- Mais toi, tu ne voudras pas me dénoncer, hein ?
Je voyais dans ses yeux qu’il pourrait bien me tuer sur le champ.
- N-non…
J’avais terriblement peur face à cet homme… Il m’effrayait au plus haut point et pourtant, je souhaitais en savoir plus sur lui, sur le mystère qui l’entourait et qui se dévoilait au fil de notre conversation… Son regard changea pour devenir rieur, presque joueur.
- Très bien ! s’écria-t-il en s’écartant. Tu as d’autres questions ?
-Euh… non… murmurai-je.
- Au revoir ?
- Au… au revoir…
Il entra dans un bâtiment étriqué.
Moi, je restais là, sur la, placette. Les bras ballants et les yeux perdus dans le vide, j’étais encore plus troublé par le personnage et je voulais en savoir encore plus sur lui. Même si ce n’était clairement pas une bonne idée…
Plusieurs jours passèrent sans que je ne le voie. Au bout d’une semaine et demie, je réussis à le croiser dans cette capitale puant la débauche et la misère. Heureusement que nous étions dans le même quartier…
J’interpelai Anthox qui se tourna vers moi. Il sembla agacé mais, quand il m’aperçut, son visage se décrispa en un sourire. Il s’approcha.
- Tiens ! s’exclama-t-il. Alexis ! Quel heureux ’’hasard’’, non ?
- Euh… Ouais, hésitai-je.
- Je suis certain que tu me cherchais.
- Mais… comment ?! demandai-je, bouche bée.
- Simple intuition, dit-il en haussant les épaules. Que voulais-tu, donc ?
Je le regardai un instant, hésitant.
- Je… Je me demandais si on pouvait aller prendre un verre ?
Son sourire énigmatique s’élargit. C’en était effrayant mais attirant. J’adorais ce personnage ou du moins ce que j’en connaissais et je ne pouvais m’empêcher de vouloir épancher cette curiosité malsaine que je nourrissais pour Anthox. Il me fit signe de le suivre et j’obéis.
Nous nous retrouvâmes dix minutes plus tard dans un café où un vieux quarante-cinq tours de Blues tournait en boucle comme musique de fond. L’ambiance était comme celle de tous les cafés et bars du quartier : joyeuse, conviviale, avec une odeur de tabac, d’alcool, de sueur et parfois même de drogue omniprésente. Nous allâmes nous asseoir à une table dans un coin, près de la fenêtre, face à face. Un serveur arriva. Anthox demanda deux tequilas et le garçon repartit.
- Tu es sûr pour la tequila ? le questionnai-je, n’en ayant jamais bu.
- Mais oui, me ’’rassura’’-t-il. Je suis sûr que ça ira… T’es pas un alcoolique, toi, pas vrai ?
- Hum… effectivement, ce n’est pas tellement ma tasse de thé…
Il rit un instant avant de s’appuyer sur son dossier de chaise.
- Et sinon, qu’est-ce que tu fais ici, dans cette ville ? me demanda-t-il, ses yeux me fixant derrière ses lunettes.
- Un peu comme tout le monde je pense, je suis venu chercher du travail…
Je vis dans ses yeux une lueur d’amusement persistante.
- Tu as trouvé ? sourit-il.
- Oui, je suis compositeur pour un petit groupe de jazz qui se représente sur les scènes des cafés. Ça ne paye pas des masses mais je gagne assez pour tenir la route.
- Mmh…
Il semblait rêveur. Je n’osai pas le déranger.
Le serveur revint avec les deux boissons, sortant Anthox de sa contemplation muette. Il attrapa son verre et le leva.
- Santé.
Je fis de même.
- Santé.
Je bus l’alcool avec une grimace et reposai le verre vide quelques secondes plus tard. Anthox avait déjà fini le sien et me regardait en riant.
- Allons, ne fais pas cette tête ! s’écria-t-il en souriant. Ça va pas te tuer !
Je me détendis alors. Enfin, je tentai de me détendre… Il accosta un serveur et demanda cette fois-ci une bouteille de whisky et deux verres. Il compte me saouler ? Je déglutis, peu rassuré par ses intentions. J’étais tellement pressé d’en savoir plus sur lui que j’avais foncé tête baissée sans savoir ce qu’il voulait lui… Bon, il fallait que je me calme. Après tout, il y avait la police à chaque coin de rue, je pourrais toujours hurler à l’agression. Je me mordillai pensivement la lèvre.
- Hé, ça va ? me demanda l’homme en face de moi en riant légèrement, me tirant ainsi de ma rêverie.
- Euh, oui, oui, désolé… répondis-je, clairement mal à l’aise.
Il me regarda avec amusement.
- T’as l’air d’être un bon gars.
Il attrapa une cigarette dans sa poche et la porta à ses lèvres.
- Je comprends toujours pas pourquoi t’es ici…
Il alluma sa clope et cracha la fumée qui se mélangea avec toutes les odeurs dans l’air. Je commençai à me sentir nauséeux.
- Tu devrais pas rester ici. Y’a des requins pires que moi… Je suis ’’simplement’’ faussaire, faux-monnayeur, braqueur et tueur à gage. Il y en a qui pratiquent le chantage, la torture, le viol et tout ce que tu veux du genre.
Il écrasa sa cigarette. Je le fixai, fasciné et intéressé par ses paroles. Je n’étais aucunement effrayé, bizarrement.
- J’aime pas ce qu’ils font, ils font pas du travail propre, ils bâclent tout…
- Mais tu ne crains pas la police ? le questionnai-je.
Il se mit à rire à gorge déployée.
- La police peut rien ici. C’est un quartier pourri jusqu’à la moelle où les policiers ont plutôt intérêt à fermer leur gueule. J’en connais beaucoup qui se sont fait lapider dans la grand-rue simplement pour avoir donné l’alerte…
Mes yeux s’écarquillèrent d’effroi. Je ne répondis pas, attendant la suite de son monologue.
- Ici, il faut plutôt venir en chair à canon qu’en politicien, tu sais…
- Que veux-tu dire par ’’chair à canon’’ ? le coupai-je.
- Des larbins qui vont au devant de tout. Nombre d’entre eux se font descendre avant même de devenir frère d’arme. Il y a beaucoup de clans, de tribus, de sectes et de tout ce que tu veux dans ce quartier… Moi, j’suis un électron libre… Pas de patron, pas de larbins, seulement des clients. Sauf que les demandes augmentent avec ma notoriété…
- Tu voudrais un assistant ? demandai-je sans réfléchir.
Il se figea un moment, me fixant comme d’habitude, mais avec plus d’interrogation que de malice dans le regard. Il finit par sourire franchement.
- Hé ben, tu perds pas de temps… souffla-t-il. Mais sache que je te prendrai pas comme apprenti avant de savoir ce que tu vaux…
Je restai figé par mes propres paroles et surtout sa réaction.
- T’es plus couillus que ce que je pensais.
Le serveur arriva avec la bouteille à ce moment-là.
- Ça en a mis du temps ! s’exclama mon… ami ?
- Désolé, Monsieur Colaboy, s’excusa le serveur en nous servant et posant la bouteille sur la table. Le barman était surmené, il vous présente toutes ses excuses.
- Ouais, ouais, c’est bon…
Le garçon s’inclina puis s’en alla.
- Colaboy ? m’étonnai-je.
- Ouep’ ! acquiesça l’intéressé. Anthox Colaboy… C’est mon ’’nom de scène’’.
- Oh, je vois… Bon, fis-je en saisissant mon verre, santé !
- Santé !
Anthox et moi bûmes nos verres cul sec encore une fois. Je commençais à voir trouble et aperçus à peine mon ami nous resservir. Il me donna mon verre.
- Le dernier ! s’exclama-t-il.
Et il leva le sien et le but. Je l’imitai en grimaçant. Un verre de plus et je ne pourrais certainement plus revenir chez moi.
Anthox écrasa son mégot dans le cendrier entre nous deux sur la table puis se leva en remettant correctement son chapeau.
- Je dois y aller, les affaires m’appellent !
Il me salua, enfila sa veste, paya et me lança avant de partir.
- Demain sur l’esplanade pour que je puisse voir ta valeur !
Dix secondes plus tard, la porte du bar se claqua derrière lui. Il parlait de moi comme si j’étais un vulgaire objet… Je soupirai et me levai à mon tour. J’attrapai et mis mon manteau puis partis à mon tour du pub.
Je n’étais pas seul, dans la rue. Ça m’inquiétait davantage que ça me rassurait. Je m’efforçai de garder la tête haute, d’ignorer tout ça mais c’était bien difficile. Tous les cinq mètres, je me faisais accoster par une pute, un dealer, un narcotique, une cougar, un boxeur amateur ou je-ne-sais-quoi encore…
Je me retrouvai enfin, non sans mal, devant la grande porte en bois de mon immeuble. Je rentrai et montai au dernier étage pour aller m’affaisser de tout mon long sur mon vieux lit grinçant, sombrant rapidement dans le sommeil.
Les premiers rayons du jour pénétraient ma chambre par le vasistas tandis que j’étais déjà levé. Je partis dans la salle de bain, me rasai, coiffai et préparai. Quand j’en sortis, j’étais habillé d’un costume noir très simple. Je sortis de mon appartement et descendis la rue pour atteindre la grand-rue. Là, je marchai un moment puis bifurquai à droite dans un dédale de ruelle sombre en cette matinée grise. Je m’y perdis rapidement et sans grand étonnement.
Je vis un homme de forte stature et grand, tatoué sur les bras et percé aux oreilles. Je m’approchai un peu timidement.
- Heu… Bonjour, je cherche l’esplanade, lui demandai-je.
Il me considéra un instant.
- Demi-tour, à droite, deuxième à gauche, me répondit-il sèchement.
Je le remerciai et m’excusai avant de suivre ses indications mais, dès que je tournai une première fois, je fus englouti par la foule. Sur les côtés des rues déjà étriquées se dressaient des stands qui vendaient de tout : des armes, de la drogue, des organes, des membres, des médicaments, des munitions, des gilets pare-balle, des costumes et des chapeaux, des cigares, des pipes, des cigarettes, du tabac à rouler et encore beaucoup d’autres choses.
Je regardai distraitement les étals lorsque je me rendis bientôt compte que j’étais sur la placette. Je partis m’asseoir au pied de l’arbre défraîchie et attendis là, regardant mon environnement.
Pourquoi étais-je venu ? Qu’est-ce que j’attendais réellement au milieu d’un marché illégal ? Avais-je vraiment envie de rester ? Indéniablement, oui. Sinon, je serais toujours dans mon appartement à cette heure-là en train de dormir…
Un long moment passa et je semblais être invisible aux yeux des passants. Enfin, j’aperçus la silhouette de celui que j’attendais. Il arriva à ma hauteur avec le même sourire qu’hier.
- Alors, prêt ? me dit-il après qu’il m’eut salué.
- Plus ou moins, rétorquai-je, peu sûr de moi.
Il rit légèrement et me demanda de le suivre.
Nous passâmes la porte d’un étroit bâtiment et, de ce que je compris, ce devait être le sien. Nous le traversâmes de part en part pour finir dans un jardin minuscule et vide. L’herbe était marron, la clôture pétée et la façade craquelée. Je regardai Anthox déverrouiller la porte d’une cave et l’ouvrir. Je le suivis à l’intérieur. Ça puait l’alcool, la poudre et la moisissure… Nous arrivâmes dans la première pièce du sous-sol. Je l’inspectai en détail : il y avait une table en bois et deux chaises. Sur la table, il y avait un jeu de carte rangé, une bouteille de Jack Daniel’s, une bouteille de Bacardi et un cendrier déjà bien rempli. Dans un coin se trouvait une commode délabrée avec, dessus, ce que je reconnus comme étant un Desert Eagle doré serti d’une plaque avec un -A calligraphié. Je remarquai également non loin de la porte un porte-manteau vide avec, à côté, un porte-parapluie. Je grimaçai. L’atmosphère était malsaine.
Mon hôte déposa sa veste et alla s’asseoir. Sa chemise blanche et son veston gris chiné étaient couverts de sang. Je le rejoignis à la table alors qu’il sectionna le bout d’un cigare et l’alluma. En le portant à ses lèvres, il me dit :
- Je vais voir ce que tu vaux en ce qui concerne les armes à feu. Va en chercher une là-bas, m’indiqua-t-il avec un hochement de tête dans la direction d’une porte trouée.
Je m’exécutai et découvris alors une pièce vaste. Il n’y avait pas un mur caché par une étagère et toutes étaient remplies de flingues et d’armes en tout genre. Au milieu, je remarquai une étrange machine et l’examinai un peu avant de conclure qu’elle servait à créer les faux papiers et billets. Je me concentrai alors sur les armes et saisit un revolver étiqueté Smith & Wesson.
Je revins dans l’autre pièce avec.
- Ah… Le Smith & Wesson .38 Chiefs Special... fit-il. Très bon choix ! Voyons si tu réussis à tirer avec.
Sa tête pivota vers la porte fermée de la salle des armes où se trouvait une cible.
Je me mis en position de tir avant de me raviser.
- Qu’y a-t-il ? s’enquit Anthox.
- Je sais pas tirer… J’ai jamais appris ça ! lui répondis-je.
- J’aurais dû m’en douter… soupira-t-il.
Je m’attendais à ce qu’il me renvoie mais non… il continua.
- Je suppose qu’il n’est pas trop tard pour t’apprendre…
Il se leva et me prit le pistolet des mains. Je fus étonné de sa délicatesse quand il le tira vers lui.
Pendant une bonne demi-heure il m’expliqua comment marchaient les armes à feu et comment tirer avec un revolver tout en me montrant. Il finit par me rendre le flingue.
- Essaie.
Je pris donc le Smith & Wesson et me mis en position avant de tirer une première fois. Je ratai le centre de la cible de dix centimètres mais cela ne me découragea pas, bien au contraire. Je tirai une deuxième, une troisième et une quatrième fois, me rapprochant, m’éloignant et touchant presque le centre de la cible. Je baissai l’arme et regardai Anthox. Il alla examiner les impacts sur la porte avant de se tourner vers moi et me sourire.
- Tu t’en sors bien.
Il jeta un coup d’œil sur sa montre.
- Mmh… Je dois partir. Je propose de continuer après-demain. Salut !
Il quitta rapidement la pièce avec le Smith & Wesson et je fis rapidement de même.
Je me baladai, rêveur, dans le marché. Je me questionnai en même temps. Vraiment, pourquoi revenais-je à chaque fois vers lui ? Et surtout, pourquoi me fascinait-il autant ? Je n’en savais pas grand-chose… Peut-être était-ce la différence de culture, la soif d’apprendre ou je ne sais quoi d’autre du genre !
J’ignorai les gens autour de moi autant que je le pouvais… Il y avait des enfants, des femmes, des hommes de toutes couleurs et nationalités, c’en était hallucinants. J’étais fort étonné d’une telle mixité même dans un quartier comme celui-là.
Au bout de deux heures de marche, j’atteignis une taverne du nom de L’Escouade bleue. Curieux et affamé, j’y pénétrai, comprenant directement le nom à la vue de tous les policiers présents, et m’assis à une table. Quelques minutes passèrent avant qu’un serveur ne me remarque au milieu du brouhaha ambiant et m’accoste pour me demander ce que je prendrais comme boisson et me donner la carte.
- Mmh… hésitai-je. Je vais prendre de la bière.
Le garçon hocha la tête et s’en alla. Je choisis rapidement ce que j’allais manger puis contemplai la rue au travers de la vitre sale, prêtant peu d’attention aux conversations autour de moi. Parfois, je soupirai en reportant mon regard sur les gens ivres morts accoudés au bar avant de tourner de nouveau la tête vers l’extérieur.
Le serveur me ramena enfin ma boisson et je lui annonçai ce que je voulais prendre. Il s’en alla une nouvelle fois. J’attrapai mon verre et en bus une gorgée, regardant toujours par la fenêtre. La rue semblait être figée dans le temps avec ses lampadaires à allumer et éteindre manuellement, ses pavés, sa terre, ses maisons de bois et de briques délabrées et ses miséreux qui passaient, le dos courbé. C’était l’inverse du quartier juste à côté avec ses buildings tout de verre et d’acier, ses routes bétonnés et ses tailleurs-costards. Le décalage était stupéfiant…
Alors que je constatais les différences des deux parties de la ville, le serveur m’apporta mon repas et une bouteille d’eau avec un verre propre. Je le remerciai et le regardai partir avant de reporter mon attention sur mon assiette. Je la mangeai distraitement, terminant ma bière en même temps. Dès que ma chope fut finie, je me servis de l’eau, la laissant de côté pour que le garçon puisse la prendre, ce qu’il ne tarda pas à faire.
Mon repas terminé, je payai et m’en allai promptement. À cette heure-ci, les rues étaient bondées entre les travailleurs qui rentraient manger chez eux et les femmes qui allaient sûrement faire la lessive à la vue de leurs paniers remplis. On se croyait au Moyen-Âge, et pourtant… la nuit devait plutôt être semblable à celles des années cinquante dans les villes et villages rongés par la mafia…
Mes pas me guidèrent directement vers chez moi. Je m’installai à mon bureau après avoir posé mon manteau et vérifiai d’un rapide coup d’œil ma dernière compo. J’avais déjà perdu assez de temps ces derniers jours, je devais m’y remettre bien plus sérieusement.
Tout l’après-midi, je composai dans mon minuscule appartement, vérifiant ce que ça donnait sur mon clavier.
Quand le soir se pointa, je pus voir quelques étoiles par le vasistas. C’était rare à cause de la pollution omniprésente… Pour mieux observer le ciel, j’ouvris ma fenêtre et grimpai sur la toile en tuile rouge brisée pour la plupart. Je m’installai au sommet, adossé à la base en béton du paratonnerre. J’aperçus la lune entre deux nuages de poussières asphyxiantes. C’était un joli croissant pâle qui projetait ses faibles lueurs sur les buildings à ma gauche déjà bien illuminés et les toits misérables à ma droite. Je soupirai de bien-être en sentant le vent me caresser le visage et fermai les yeux. C’était vraiment agréable… La fraîcheur du soir glissant sur ma peau… Le vent balayant mes cheveux… Cette vue sur la partie sud de la ville qui me donnait une sensation de grandeur et de vertige à la fois… C’était plus qu’agréable, c’était grisant.
La lune grimpait dans le ciel mais je ne bougeai pas. Je commençai à somnoler doucement, ce fut un coup de feu qui me réveilla. Je me penchai sur la rue pour voir ce qu’il se passait. Un homme baraqué agressait un jeune et venait de lui tirer dans le pied. Je me mordis la lèvre. Pauvre garçon… Que faisait-il, si jeune, dans un endroit pareil ? Son agresseur l’emmena dans les ruelles, je ne pouvais donc plus les voir. Je soupirai et retournai contre le bloc gris, observant de nouveau la voûte céleste. Je finis par m’endormir là, sur le toit.
Je fus réveillé le lendemain matin alors que les rayons solaires éclairaient et réchauffaient à peine la ville. Je m’étirai avec précaution pour ne pas tomber et rentrai rapidement, transi de froid. Heureusement que je ne bougeais pas beaucoup pendant mon sommeil. Je pris une douche chaude et me changeai rapidement avant de me remettre à travailler tout comme hier.
Toute la journée, je planchai la composition avec attention et soucis du détail. J’en oubliai de manger le midi. Tout avançait bien et, au soir, je me permis une pause pour sortir et aller manger. J’allai dans le premier bistrot venu et m’assis à l’écart. Mon ami Romain m’aperçut et vint s’asseoir avec moi en me serrant la main.
- Salut Alex’ ! s’exclama-t-il joyeusement.
- Salut Romain, ça va ? souris-je.
- Tranquillement… et toi ?
- Ça va, ça va…
- Quoi de neuf ?
- Ma nouvelle compo avance vraiment bien… C’est pour ça que je suis ici… Et toi ?
- Moi rien de spécial… J’travaille toujours à l’usine en périphérie… Je sors presque tous les soirs avec des amis, ça se passe très bien !
Il me sourit et je fis de même en retour. Nous discutâmes ensemble le reste de la soirée tout en mangeant jusqu’à ce que vingt-heures ne sonne. Je décidai qu’il était temps pour moi de rentrer. Me levant alors, je m’excusai et lui dis au revoir avant de partir. Les rues étaient bizarrement vides, aujourd’hui… Aussi, je rentrai sans aucun mal chez moi et me mis en jogging/t-shirt pour aller dormir. Je rejoignis très vite les bras de Morphée...
Après mon réveil, je partis directement sur la placette après m’être habillé. Anthox m’attendait. Nous nous saluâmes et allâmes tous deux dans son sous-sol. Mon ami me demanda de réciter les propriétés des revolvers et des armes en général. Je ne sus en prononcer que deux sur la vingtaine qu’il y avait. J’avais oublié bien des choses en une nuit… Cela ne rebuta pas Anthox pour mon apprentissage. Il me les fit apprendre tout le jour et même ceux qui suivirent, en même temps que j’apprenais à tirer au sol, en embuscade, sans regarder, en mouvement, et cætera… Cela me prit un bon mois. Et long. Mais le dernier soir, je m’endormis en ayant en tête que j’avais accompli quelque chose d’utile pour survivre dans ce quartier…
Lorsque je m’éveillais, le soleil était déjà haut dans le ciel. Comme à mon habitude, je me préparais et m’habillais avant de descendre dans la rue. Elle était bondée en ce dimanche pluvieux. Une brume persistante flottait autour de moi et des passants. Hésitant, je m’enfonçais dans ce raz-de-marée humain pour atteindre la grand-rue et me retrouver ainsi dans les ruelles sombres menant à la placette. J’arrivais justement à cette dernière et vis Anthox, assis contre l’arbre, en train de fumer. En entendant mes pas contre les pavés, il releva la tête pour me dévisager de son regard troublant, toujours avec son sourire énigmatique. Il se releva quand je m’approchais de lui et me serra la main.
-Salut ! me lança-t-il, jovial.
-Salut… lui dis-je, un peu mal-à-l’aise.
Nous allâmes de nouveau dans sa cour mais, à mon grand étonnement, nous restâmes là, sans descendre dans son sous-sol. Il se planta devant moi.
-Bon, on va voir ta force un peu… frappe-moi le plus fort que tu le peux, fit-il.
-Quoi ? répliquais-je. Mais tu es fou ?!
Il soupira.
-Tant pis…
Il baissa la tête, prit une grande inspiration et envoya son poing dans ma mâchoire. Je répliquai machinalement de la même manière. Il tâta sa joue après cela en riant.
-Hé bien, ce n’était pas trop compliqué… T’en a dans l’ventre.
Je me massais les phalanges en le regardant.
-T’es… complètement taré… soufflais-je entre l’admiration et le dépit.
-Merci, sourit-il.
Je lui lançais un regard interrogateur.
-Que serait un génie sans sa folie ? y répondit-il, toujours aussi joyeux, une lueur d’amusement éclatante dans le regard.
Suite à ces mots, je soupirais en riant.
Pendant toute la matinée, il me montra des techniques de combat, des astuces pour tuer ou juste assommer à coup sûr. J’étais toujours aussi mal-à-l’aise et surtout effrayé par moi-même et ce que je pouvais faire mais mon admiration et mon estime pour Anthox Colaboy à la limite du fanatisme me faisait rester auprès de lui. C’était nouveau, c’était malsain et ça me plaisait. Bien trop…
Aux alentours de midi, Anthox m’emmena manger à la taverne du Dragon Vert. Sur le chemin et même une fois installés là-bas, nous discutâmes. Mon compagnon semblait grandement intéressé par mon ancienne vie.
-Dis-moi… Tu as vécu où ? me demanda-t-il.
-Mmh… Dans une ville au sud du pays…
-Elle s’appelle comment ?
-Atsin…
-Vraiment ? s’étonna-t-il. J’y ai déjà résidé.
-Sérieux ? Wow… Du coup tu sais déjà à quoi ça ressemble…
-Ouais… Et t’as des frères et sœurs ?
-Ouais, une petite sœur. Elle s’appelle Chloé*
-Moi j’ai un frère… Antoine*. Mais je l’ai pas vu depuis longtemps. Il faudrait que je lui rende visite d’ailleurs !
Il ria.
-Tu faisais quoi à Atsin avant de venir ici, à Margue ?
-J’étais étudiant en finance…
-Ça devait être chiant ! se mit à rire Anthox.
-C’est sûr… ris-je également de bon cœur.
Le repas se passa agréablement et nous rentrâmes doucement chez lui. Il continua de m’entraîner jusqu’au soir et me proposa ensuite de rester manger et dormir, prétextant qu’il était trop tard pour que je rentre, que les rues étaient trop malsaines et que c’était trop dangereux. J’acceptais, amusé par la situation.
Nous dînâmes donc chez lui et il m’emmena à l’étage où je dormis ce soir-là. Lui dormait dans la pièce juste à côté. Aussi, je l’entendis faire les cent pas jusque très tard dans la nuit avant qu’il ne s’assoupisse.
Je fus réveillé le lendemain par mon ami, déjà habillé. Il était penché au dessus de moi en souriant quand j’ouvris les yeux. Je me redressais alors qu’il s’écartait. Il me jeta mon t-shirt et mon jean que j’avais laissé sur une chaise en bois la veille.
-Allez, habille-toi. J’en ai pas fini avec toi et j’ai un client cet après-midi. J’aimerai que tu t’en occupe.
Je m’étirais, me levais et m’habillais prestement. Nous descendîmes dans la cour et il me tendit un flingue.
-Ce sera un duel. J’aimerai que tu le fasses. Ne t’en fais pas, l’aut’ con qui a défié mon ‘’clan’’ en sachant très bien que je n’en ai pas n’est qu’un affabulateur myope. Il te ratera à coup sûr mais toi, tu ne devras pas le rater.
-Quoi ?! Mais je suis pas ton jouet !
-Faut bien te forger au métier. Puis je serai là, fais moi confiance
J’attrapais l’arme qu’il me tendit, tout de même réticent et surtout enragé contre lui. Je ne pouvais m’empêcher de penser qu’il m’utilisait. J’étais aussi en colère contre moi-même qui avais une confiance aveugle et une trop grand admiration pour cet homme.
-Mais… tu veux que je fasse quoi là ? lui demandais-je, sceptique.
-Un duel, avec moi. Tu tireras juste à côté de ma tête et je ferai pareil, plusieurs fois. Il faut que tu acquiers de la rapidité et surtout de la précision.
-Mais je vais te tirer dessus, tu es fou !
-Je te fais assez confiance pour ça.. Allez, viens. Tu connais les duels.
-J’en ai entendu vaguement parler…
-Dos-à-dos, dix pas, ‘’top’’, on se retourne et on tire.
-Mais je ne veux pas te tirer dessus !
-Et tu me tireras pas dessus, tire à côté !
J’acquiesçais et m’exécutais, très peu confiant. Nous avançâmes en comptant chacun nos pas à voix haute. Au bout de dix, nous nous arrêtâmes et Anthox compta jusqu’à trois, prononça le fameux ‘’top’’ et nous nous retournâmes. Il fut bien plus rapide que moi et tira avant même que je ne l’ai en vue. Je tirais ensuite, essayant de contenir mes tremblements de peur – et si je le tuais ? Et si je le blessais gravement ? L’anxiété et la peur ne m’envahissaient que trop – et la balle passa juste à côté de son oreille. Je soupirai presque de soulagement et lâchais l’arme. Il sourit.
-Bravo… Regarde.
Il s’approcha et me montra son oreille qui saignait. Je l’avais éraflé… Je mis ma main sur ma bouche et me mis à trembler.
-Ho, merde, je suis vraiment désolé… m’excusais-je. Ça va ?
-C’est rien, rit-il. Décoince-toi un peu, enlève toi le balai du cul, tu m’as pas tué !
Je ris légèrement moi aussi et tentais de me détendre.
Nous réitérâmes ce duel autant que nous le pûmes jusqu’à ce que j’acquisse une rapidité suffisante selon mon ami.
-Nous continuerons demain, dit-il à la fin. Tu es prêt pour ce duel là.
J’acquiesçais et nous allâmes manger chez lui. Ensuite, il m’emmena sur le lieu du dit duel où un groupe de gens était déjà rassemblé. Les personnes amassées nous huèrent toutes mais je n’y fis pas attention, et Anthox non plus.
Le duel commença, j’étais dos-à-dos avec un homme d’un certain âge aux longs cheveux et à la barbe gris. Il était relativement pauvre, d’après ses vêtements. Nous comptâmes dix pas en avançant, mon cœur battait la chamade. J’aurais tremblé si je ne m’étais pas rappelé que ça pourrait me tuer. J’avais peur mais, en même temps, je faisais confiance à Anthox qui m’avait intimé de ne pas m’inquiéter.
-Trois…
Mon torse se soulevait à un rythme saccadé.
-Deux…
Je fermais les yeux pour mieux visualiser ma cible.
-Un…
Je les ré ouvris, prêt à réagir.
-Top !
Je me retourne, l’arme levée pointant l’homme, visant alors que je tremblais comme une feuille et que son arme était déjà pointée sur moi. Lorsque je voulus tirer, j’entendis une détonation et vis l’homme tomber à terre. Je soupirai de soulagement, relâchant toute la pression, avant de me tourner vers Anthox, son arme à la main encore fumante.
-Il allait tirer avant toi, me donna-t-il comme explication.
Je le dévisageais, heureux qu’il m'aie sauvé. L’angoisse du duel me collait encore à la peau, mon cœur pulsait dans ma poitrine et mes mains bougeaient toujours. C’était à peine si mes jambes ne se dérobaient pas. Je fixai toujours mon ami tandis que son regard faisait une ronde autour de nous.
-Ils ont appelé la police de l’autre district ces bâtards, me dit-il en attrapant mon bras.
Il courut jusque dans les ruelles et les enchaîna sans réfléchir. Nous finîmes dans un cul-de-sac, les flics à dix mètres de nous. Mon compagnon commença à grimper alors que moi, je en comprenais rien. J’étais encore grisé par la sensation d’avoir tué un homme, l’adrénaline battant dans mes veines par la détonation puis la course. Anthox me tendit la main en me criant de me dépêcher. Je ne savais pas grimper mais je me débrouillais et agrippais sa main. Il me tira sur le toit de la maison et se cacha. Je fis de même, observant les policiers en bas.
-Je croyais qu’ils avaient intérêt à fermer leur gueule, les flics ? chuchotais-je. C’est quoi ce bordel ?
-Je pensais pas que tu ferais leur connaissance si vite… me répondit-il en se levant sans bruit.
-Quoi ?
Je ne comprenais toujours pas ce qu’il se passait et qu’avaient ces flics pour qu’Anthox les craigne autant mais je le suivais quand même sur les toits. Nous sautâmes sur la rangée de maisons en face alors que les hommes de lois, nous ayant vu, nous tiraient dessus. Aucunes de leurs balles ne nous atteignirent. Nous courûmes pendant dix minutes, sautant et évitant les pièges des toits. Nous arrivâmes alors sur le toit de la maison de mon ami duquel nous descendîmes pour rentrer.
Le criminel – je l’étais également, c’est vrai – enleva sa veste et l’accrocha à son porte-manteau. Moi, je m’affalais sur le sofa au milieu de la pièce, le souffle court, riant à moitié.
-Si on m’avait dit un jour que je m’enfuirais sur des toits pour échapper à des flics après avoir vu un gars mourir, je serais direct reparti chez moi… soufflais-je.
Anthox me rejoignit bientôt avec une bouteille de champagne et deux verres, me poussant un peu pour avoir de la place car je me trouvais à moitié allongé. Il riait aussi.
-Si on m’avait dit un jour que j’aurais un apprenti, je me serais tiré de cette maudite ville… dit-il.
Je fixai la bouteille en fronçant les sourcils.
-On a quelque chose à fêter ? demandais-je, perplexe.
-Oui, que tu sois encore en vie, sourit presque mon acolyte. Tu as été courageux, tout de même.
-Joyeux… fis-je, faussement blasé mais heureux.
Heureux… Étais-je réellement heureux d’avoir vu la mort en face ? Ou juste fier de recevoir des éloges d’Anthox ? Cette dernière pensée me fit frissonner. J’étais un criminel désormais, un bandit en cavale… comment avais-je fait pour déraper autant ? Je m’en voulais à ce moment là autant que j’en voulais à Anthox de m’avoir montré comment tuer et de m’avoir entraîner là-dedans, bien que je n’étais en réalité que le seul fautif à ne pas avoir donné d’objection et même à avoir proposé cette collaboration…
Je regardais mon ami remplir les deux verres. Il m’en tendit un que je pris avec un sourire. Il leva le sien et je l’imitais.
-Santé, articulais-je en même temps que lui.
Et nous bûmes d’une traite ce premier verre.
Nous enchaînions ensuite tous les deux les verres jusqu’à la fin de la bouteille. Il semblait un peu amoché mais moi, c’était bien pire. Je voyais vraiment flou. Le dernière chose dont je me rappelais de la soirée fut Anthox qui s’approchait de moi, bien trop à mon goût.

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Mer 7 Sep - 20:25
Je me réveillais aux premières lueurs du jour dans un lit deux places, vêtu seulement d’un caleçon, avec une horrible gueule de bois. Anthox arriva avec un verre d’eau et un antidouleurs quelques secondes plus tard.
-Ah, déjà réveillé ? s’étonna-t-il. Tiens.
-Merci, murmurais-je, la voix un peu cassée.
J’avalais le cachet et pris une gorgée d’eau pour l’avaler. Je terminais ensuite le verre. Mon ami s’assit à côté de moi.
-Pas trop mal au crâne ? demanda-t-il, visiblement inquiet.
-Ça va… lui répondis-je.
-Bien !
Il se leva et me fit face, souriant.
-Pourquoi je suis en caleçon dans une chambre qui n’est évidemment pas celle que j’ai occupé la nuit où j’ai dormi chez toi ?
Il semblait un peu gêné. Il se rassit, fixant le sol. J’espérais au plus profond de moi qu’il n’ait pas profité de moi et de mon état… J’espérais tellement bien que la dernière image que j’avais de lui la nuit dernière fut un grand rapprochement physique…
-Hé bien… T’étais vraiment salement amoché, commença-t-il en se grattant la tête. Alors je t’ai soulevé du canapé pour monter dans la salle de bain et j’t’ai fait prendre une douche glacée. Je me suis dit que ça t’aiderait à dormir et à avoir moins mal à la tête le lendemain. Je t’ai déshabillé parce que c’est les seuls vêtements que tu as ici mais pas entièrement, ne t’en fais pas. Ensuite, après la douche, je t’ai amené dans ma chambre car c’était la plus proche et j’ai dormi dans l’autre.
Je soupirai de soulagement et le remerciai pour ce qu’il avait fait avant de me rhabiller rapidement – il avait posé mes affaires sur la malle en face du lit – et de le rejoindre au rez-de-chaussée. Il buvait tranquillement un café à table. Je m’assis en face de lui.
-Tu veux du café ? me proposa-t-il.
J’acquiesçais et il me servit. Je pris la tasse devant moi et commença à boire.
-J’aimerais beaucoup que tu m’éclaires au sujet des policiers d’hier, fis-je peu après en posant ma tasse.
-C’est des flics du district B, les seuls qu’on craint.
-District B ?
-Il y a plusieurs district, m’expliqua l’homme en face de moi. Les tours que tu vois au loin font du district Business appelé district B, nous sommes le district C, district criminel, et plus au nord, tu peux voir des villas et des manoirs. District A, aisé, ou abrutis comme on l’appelle ici. Les flics du district B n’hésitent pas à tirer sur tous les criminels qu’ils voient s’ils peuvent plaider légitime défense. Si on se fait attraper, on ne revient jamais. J’ai une connaissance qui en est revenu salement blessé, il est mort le lendemain. Il m’a dit qu’on l’avait torturé pour obtenir des informations et jeté en voyant qu’il ne dirait rien…
J’étais choqué. Des policiers ? Mais comment, pourquoi ?
-De quoi est décédé ta connaissance ? demandais-je finalement.
-De ses blessures. Il avait une hémorragie interne que j’avais réussi à modérer et une côte brisée qui faisait appui sur son cœur. Il ne pouvait plus bouger…
-Vraiment ? Wow…
Je frissonnai d’effroi en imaginant ce qu’il se passerait si je tombais entre leurs griffes.
Ce jour-là, Anthox avait décidé de me faire visiter un peu le quartier. Je le suivais donc dans les rues étriquées et peuplées. Nous arrivions dans une rue vraiment bondée. Mon guide attrapa mon poignet fortement et me tira dans la foule.
-Fais bien attention aux pickpockets… me mit-il en garde.
Je hochais la tête et me laissais guider jusqu’à ce qu’il bifurque dans une rue vide, contrastant tellement avec celle que nous venions de traverser. Nous nous enfonçâmes alors jusqu’aux bords de la ville.
C’était stupéfiant, la terre laissait place à l’herbe verte et les maisons s’arrêtaient net, leurs façades rongées par le lierre. Quelques petits arbres poussaient au devant et leurs ancêtres les surplombaient derrière majestueusement. La débauche, la pauvreté et la saleté du district C s’effaçait si soudainement face à la magnificence, la grandeur et la force de la nature sauvage, dense.
-Woa ! m’exclamais-je d’admiration en m’avançant doucement, contemplant la verdure.
J’entendis à peine le rire d’Anthox derrière moi. Après quelques minutes de silence, je me tournai vers mon ami.
-Comment ça se fait qu’il y ait ça à côté d’un quartier comme ça.
Je montrai successivement la forêt et la ville.
-Je sais pas… sourit Anthox. Bon, on devrait pas s’éterniser ici. En plus, la nuit va bientôt tomber.
J’allai repartir quand je sentis quelque chose contre ma jambe. Je baissais la tête et vis un petit rat blanc sûrement domestique avec une tâche grise autour de l’œil droit et d’autres encore un peu partout sur le corps. Je me baissais et voulut l’attraper mais il se recula, me craignant sûrement. J’insistai et passa le bout de mon doigt sur sa tête. Il se laissa faire et je pus le prendre.
-Salut toi, murmurais-je à l’animal.
Je le caressais de mon index. Il était si petit ! Ah, petite. C’était une femelle. Anthox se pencha au dessus de mon épaule pour voir ce que je faisais. Il sourit en voyant la rate et se redressa.
-Y’en a un autre qui arrive, regarde, me dit-il.
Je relevais la tête pour croiser le regard d’un petit rat semblable. Je remarquai qu’il avait, lui, une tâche autour de l’œil gauche. Je le pris également et remarquai que c’était aussi une femelle. Elle me grimpèrent chacune sur un bras pour se poser sur mes épaules. Je les rattrapais avant qu’elles ne se glissèrent sous mon haut puis me relevais.
-On peut y aller ! fis-je, tout joyeux.
-Tu les prends ? questionna le criminel devant moi avec un sourire amusé.
-Bah ouais, elles sont mignonnes !
-Elles ? s’étonna-t-il.
-C’est des femelles.
-D’accord… Bon, on y va.
Il tourna les talons et retourna dans la ville. Je le suivis de près, tenant mes rates pour ne pas qu’elles s’échappent ou qu’elles ne se fassent voler.
Arrivé à la maison, je posais mes deux nouveaux animaux de compagnie sur la table du salon. Ils me regardèrent un instant, le museau levé, avant de regarder autour. La rate avec la tâche à l’œil droit descendit du meuble et je parvins à l’attraper avant qu’elle n’atteigne le poste de télévision. Je la reposais sur la table et fixais les deux animaux.
-Il faut que je trouve un nom… me dis-je à voix haute.
Je relevais la tête et, quelques minutes plus tard, lorsque je la baissais, je remarquais que l’une était repartie vers le poste et l’autre gambadait tranquillement. Je récupérais la première.
-Tu ne toucheras pas à un seul pixel de cette télévision ! dis-je.
Je m’approchais de l’autre quand je m’aperçus qu’Anthox la tenait déjà et me la tendait.
-Tiens, évite de laisser traîner tes peluches, j’ai failli marcher dessus, remarqua-t-il.
-Merci… T’aurais pas une idée de nom ? le questionnais-je.
-Mmh… réfléchit-il. Razmotte ?
-Razmotte ? m’étonnais-je.
-Ouais… Ça lui irait bien, fit-il avec un geste de tête en direction de la rate qu’il a failli piétiner.
-Ok, donc tu vas t’appeler Razmotte, dis-je à la rate qui a la tâche sur le côté gauche de son visage. Il reste plus qu’à trouver un nom.
Je réfléchissais quand une illumination me vint, la phrase que j’avais prononcé en récupérant l’autre rate !
-Ce sera Pixelle ! m’écriais-je.
Le rire de mon comparse me répondit.
-Quoi ?
-Tu ressembles à un gosse à Noël…
-Ah ?
-Ouais… c’est mignon, continua-t-il de rire.
Je déposai Pixelle sur mon épaule gauche et Razmotte sur l’autre.
-Je pense que je vais rentrer chez moi, dis-je en me tournant vers Anthox.
-À plus ! me sourit-il.
Je restai un moment à le fixer, comme perdu dans mes pensées.
-Alexis ? appela-t-il.
-Hum, oui, pardon. À plus !
Je partis de la maison en affichant un sourire gêné.
Rentré chez moi, je m’affaissais de toute ma hauteur sur mon lit, posant mes rates à côté de moi. Mon regard alla se fixer sur le plafond dont la tapisserie passée de mode tombait en lambeaux. Je me mis à penser… Je pensais à Anthox et à notre merveilleuse rencontre. Et à l’homme magnifique qu’il était… Puis surtout, à sa personnalité extravagante qui m’attirait tant depuis un moment déjà. Un souvenir me revint en mémoire : nous étions en train de nous regarder, droit dans les yeux. Tant de pensées m’avaient envahi à ce moment là… Ses yeux étaient si perçants… Ils brillaient d’une lueur d’extravagance et de joie que je n’arrivais pas à ignorer depuis la première fois que je les avais croisés. Il me dévisageait avec une certaine douceur, de l’affection et un peu de fascination, je pense également. Une dernière chose dans son regard pouvait me lettre dans tous mes états : un éclat de bienveillance. Bizarre de la part d’un criminel… Je devais être bien privilégié pour qu’il me regardait ainsi. Je repensais à la veille, le sourire d’Anthox après m’avoir sauvé pendant le duel et cette étrange sensation de contact lors de la nuit précédente, mais celle-ci n’était pas pour me déplaire finalement, loin de là. Comme si j’avais toujours attendu ce contact, cette proximité, depuis notre première rencontre. Peut-être qu’Anthox était un peu plus que mon employeur. Un peu plus que mon ami. Peut-être qu’Anthox avait ce ‘’un peu plus’’ qui faisait battre mon cœur en plus du sang dans mes tempes.
Les jours défilèrent, puis les mois. Nous nous voyions souvent avec Anthox Colaboy. Nous planifiâmes ensemble un braquage dans le district B et nous nous préparions en conséquence. L’échéance de nos préparatifs se rapprochaient à grands pas jusqu’à ce que le jour fatidique arrive enfin.
Je m’étais rendu, le soir, chez mon ami et le saluais. Nous nous dépêchâmes d’enfiler nos tenues et de prendre nos outils, armes et sacs avant de nous rendre à pied à la banque. À une heure aussi avancée de la nuit, il n’y avait personne à part quelques gardes. Deux à l’entrée, trois qui faisaient des rondes à l’accueil, deux encore aux portes du couloir et cinq devant la porte du bunker où se trouvaient les biens. Nous connaissions le plan par cœur.
En même temps, Anthox et moi-même maîtrisions les deux gardes de l’entrée avant que je me mette à percer la vitre tout à droite. Mon compagnon m’imitait en face de moi. Il tira sur le garde du milieu avec son silencieux et se rua sur le deuxième. Moi, j’attaquais le troisième et le mis rapidement à terre grâce à la surprise. Je le neutralisai et rejoignis mon ami pour tuer les deux autres devant la porte du couloir. Il ne restait plus que le plus dur et la partie la plus intéressante. L’alerte n’était pas encore donnée mais ça ne saurait tarder. Nous prîmes chacun une grande respiration et passâmes la porte. Je tirais sur une premier gorille par dessus l’épaule d’Anthox, le tuant, et donnais un coup de pied à un autre alors que mon acolyte envoyait la crosse de son arme de poing dans la nuque d’une énième garde. L’alerte était donnée, j’avais vu le garde le plus proche de la porte appuyer sur le bouton rouge pour prévenir les flics. Je lui tirais immédiatement dessus et il tomba sur le dos. Nous nous occupâmes rapidement des deux gardes qui restaient avant de nous approcher de la porte des coffres de la Banque.
Je faisais le guet pendant que mon acolyte ouvrait la porte. Nous entrâmes ensuite en remplissant les sacs et sortîmes rapidement. Il ne fallait pas s’éterniser, le risque de se faire choper grandissait vite.
À la sortie, des flics nous attendaient. Nous passâmes le plus furtivement possible sur le côté quand vint le moment de se mettre à découvert.
-Trois… deux… un… décompta Anthox. Zéro !
Nous courûmes le plus rapidement possible jusque la rangée de maison en face mais j’étais moins rapide que mon ami. Il le vit et rebroussa chemin. Une fois devant moi, il tourna la tête, passa un bras autour de ma taille et m’attira à lui. Une balle siffla près de mon oreille.
-Cours !
J’obéis et passais devant lui alors qu’il tirait sur les flics. Il me retrouva ensuite pour que nous puissions nous engager dans les ruelles. C’était un véritable labyrinthe, parfait pour semer les policiers. Quand nous en croisions, nous le tuions à vue. Guidé par Anthox, nous nous retrouvâmes dans un cul-de-sac. Il commença à grimper à une échelle rouillée et je le suivis immédiatement. Nous continuâmes notre fuite sur les toits pour rentrer à la maison.
Arrivés là-bas, nous nous affalâmes en sueur et essoufflé sur le canapé. Au bout de quelques minutes de silence, Anthox se leva et partit. Il revint un peu plus tard avec une bouteille de whisky et deux larges verres. Il les remplit et m’en donna un.
-À cette réussite ! s’exclama-t-il, souriant.
-À notre réussite ! fis-je, souriant aussi.
Nous bûmes d’une traite notre premier verre, les enchaînant ensuite. J’étais torché et lui aussi mais nous étions encore relativement lucide. Je crois…
Je ne me souvenais pas, une nouvelle fois, de ce qu’il s’était passé. Et encore une fois, je me réveillais dans son lit. Mais avec quelques détails en plus… J’étais nu et il était encore endormi à mes côtés, certainement aussi dénudé que moi. Je m’étais redressé mais me laissai rapidement retomber dans le lit. Je n’osais pas tourner la tête vers Anthox… Alors je contemplais le plafond qui devint la chose la plus intéressante au monde. Et la douleur vint comme ça, mais ce n’était pas un mal de tête, c’était bien plus bas… Je soupirai. Bordel ! On l’avait fait… Je fermais les yeux en me tenant la tête et des flashs me revinrent, me faisant presque rougir de gêne. Je rouvris soudainement les yeux en sentant un bras enlacer mon ventre et me serrais par réflexe. C’était le sien, celui d’Anthox. Je me crispai soudainement et le fixai. Il était réveillé et me regardait également. Il retira sa main et émergea complètement. Il releva la tête vers moi, souriant toujours, et vint m’embrasser presque avec empressement, spontanément, comme pris d’une impulsion. Et je souris également sous toutes les sensations qui m’envahirent, lui rendant finalement. Ma main droite vint se poser d’un geste machinal sur sa nuque et la gauche se cala au bas de son dos.
Je ne comprenais plus ce qu’il m’arrivait et je crus bien que c’était comme ça depuis notre rencontre au bar. Ça faisait un peu plus d’un an qu’on se connaissait… et un peu moins d’un an que je l’aimais je pense. Je ne me souciais pas vraiment de mes sentiments, enfin je faisais du mieux que je pouvais, pour profiter de nos moments ensembles. Mais je me demandais pourquoi, maintenant. C’était tellement bon, l’embrasser, caresser sa peau, le serrer contre moi… C’était un peu un rêve interdit.
Nos lèvres se mouvaient en rythme dans le baiser avant qu’il ne soit rompu par Anthox qui se releva en s’habillant. Mon regard se posa sur un horrible objet noir… avec des poils ?
-Heu… Anthox, c’est quoi ça ? demandais-je en montrant le machin d’un signe de tête.
-Oh, ça, c’est Biscotte, me répondit-il.
Je m’approchai alors de cette chose, oubliant ma nudité. C’était un chat… empaillé…
-C’est… moche… fis-je en me détournant pour enfiler mes vêtements.
Je vis mon amant hausser les épaules dans l’encadrement de porte puis disparaître pour descendre les escaliers. Je le suivis.
Nous avions pris le petit déjeuner et étions encore à table quand des interrogations vinrent me tarauder.
-Anthox ? appelais-je.
-Mmh ?
-Pourquoi tu m’as parlé, au bar ?
-Avoir un peu de compagnie, ça fait pas de mal. C’était un peu pour ça que tu y étais allé, non ? Parce que tu aurais très bien pu te saouler chez toi, seul…
-C’est vrai… Mais pourquoi moi ?
-Parce que tu me plaisais, sourit-il en s’appuyant à son dossier et s’allumant une clope. Mais au fait, tu ne devrais pas rentrer chez toi ? Pixelle et Razmotte vont t’attendre…
Je souris.
-T’as raison… À demain ?
-Allez, à demain.
Je me levais, rassemblais mes affaires et partis prestement. Un sourire restait collé à mon visage alors que je marchais dans les rues.
Je rentrais enfin et mes deux rates vinrent à la porte de la cage. Je posais ma veste et tout ce qui m’encombrait avant de les sortir, chacune dans une main. Je les caressais de mon pouce en veillant à ne pas les blesser. Elles remontèrent d’elles-mêmes, bien qu’un peu hésitantes, jusqu’à mes épaules.
Ce que j’aimais les animaux… Je me demandais comment certains faisaient pour les abandonner… Ils sont si mignons, si… inoffensifs ? Enfin, tant qu’on ne les embêtaient pas. Si ma situation financière le permettait, mon appartement aurait put devenir un zoo car j’aurais recueilli tous les animaux abandonnés du quartier mais il était évident que je n’en avais pas les moyens… Je regardais mes petites rates évoluer sur le haut de mon cœur, tantôt regardant vers mon visage, tantôt essayant de descendre le long de mon torse, comme des petits enfants qui découvriraient le monde. C’était exactement ça, après tout. De jeunes créatures qui découvraient leur environnement. C’était attendrissant…
J’allais ensuite travailler sur la dernière commande du groupe dont je suis le compositeur, nullement gêné par les déplacements de mes petits rongeurs.
Le lendemain, je me rendis chez Anthox et eus la surprise de le voir devant chez lui, son éternel borsalino sur la tête et couvert de sa veste. Il s’avança vers moi et m’embrassa doucement. Je n’étais pas encore vraiment habitué à ces contacts plus que plaisants… Il me regarda en souriant.
-J’aimerais te montrer la ville entière et ses cinq districts. Il me semble que tu n’as pas visité grand-chose…
-Effectivement, souris-je.
Il passa devant moi en attrapant ma main.
-Suis-moi !
Et je le suivis alors. Nous marchâmes sur la grand route jusqu’au district A.
Les maisons étaient, pour la plupart, en marbre blanc et saumon, avec des arches. Imposantes, les arches supportaient un balcon ou la toiture. La décoration extérieure était raffinée, semblable à celle des villas du sud du pays. Une maison – ou plutôt un manoir – attira plus particulièrement mon attention. Il dépassait de deux mètres au moins les autres toits et paraissaient plus ancien et de construction nordiste. Les briques rouges foncées rongées par la mousse étaient trouées de fenêtres aux bords blancs et le toit d’ardoise résistait au temps comme il le pouvait. Le manoir semblait laissé à l’abandon, envahi par les plantes et les animaux en tout genre... Je passais finalement à autre chose quand même yeux se posèrent sur une magnifique villa en grès blanc. Une arche servait de porche et une moustiquaire de porte. Le toit était étrangement bleu mais s’accordait tout de même parfaitement avec l’ensemble de la propriété.
Ma main serra plus celle de celui que je pouvais maintenant appeler mon petit ami quand je sentis la foule m’emporter. Nous continuâmes notre route entre les grands jardins fleuris avec piscine et les jolies villas d’un style bien différent du district C puis arrivâmes finalement au district E. Je demandais la signification à mon guide.
-Le district E, c’est le quartier des Élites, y’a tous les scientifiques, les philosophes, les mathématiciens… m’expliqua-t-il.
Et ça se voyait… Les rues étaient vides, les stores des baraques baissés. Il n’y avait rien de spécial, les maisons étaient toutes les mêmes quasiment… C’en était presque désespérant.
Le district suivant était le D et je n’eus aucun mal à reconnaître le quartier des créatifs, des artistes ou plutôt des Doués de l’art – il n’y avait pas de mots uniques les qualifiants. La grand-route était coupée par une place aux pavés colorés comme des mosaïques et aux buissons taillés avec un grand talent, représentant des chevaux tournés vers la fontaine au centre de la place. Elle était en quartz et marbre, originale et classieuse à la fois. Quatre poissons projetaient de petits jets d’eau vers le pilier principal qui crachait sans cesse son liquide translucide. Les courbes étaient harmonieuses et représentaient une femme nue tenant au dessus de sa tête un coquillage d’où sortait l’eau. Les maisons étaient tordues, sculptées brut dans la pierre, peinte, et plus qu’originales. Certaines avaient même la façade ruisselante d’eau ou encore des sculpture 3D surgissant du mur. Elles étaient petites, collées, étriquées, et pourtant, le génie créatif de ces gens parvenait à s’exprimer dans toute sa grandeur… C’était un endroit magique, déconnecté, où le dessin, la peinture, la sculpture, le collage, la photographie, le théâtre, la musique et absolument toutes les formes d’art – même la cuisine ! – se rejoignaient, s’harmonisaient et s’imbriquaient à la perfection. Je fus enchanté par la beauté simpliste et avant-gardiste de ce district.
Vint ensuite le district B, au centre. Tout était maussade, transpirant l’angoisse et le stresse. Tout le monde courait dans tous les sens, les yeux rivés sur leur montre ou leur téléphone, ce qui me rappelait que je n’avais pas touché depuis un moment au mien… Les hautes tours de verre et d’acier étaient oppressantes… On ne pouvait voir le ciel à cause d’elles et elles se refermaient sur nous comme des dents mécaniques. Aussi, je fus soulagé quand nous bifurquâmes de nouveau vers le district D pour manger.
Le restaurant qu’Anthox avait choisi était tout bonnement magnifique. La plafond bas en plâtre blanc laissait ressortir les poutres apparentes. Me baisser pour passer ne me gênait aucunement. Mon compagnon, lui, n’en avait pas besoin. Les murs étaient colorés de fresques qui explosaient à la figure de celui qui les regardait à grand coup de palette, de personnages et décors créatifs et d’arc-en-ciel. Nous nous assîmes à une table pour deux en bois sombre avec deux chaises dépareillées et que je reconnus comme artisanales. Il y avait déjà les cartes et nous commandâmes rapidement.
Le déjeuner se passa très bien. Je trouvais la nourriture appétissante et excellente et le cadre était superbe. Nous avions discuté, Anthox et moi, durant tout le repas et avions quitté le restaurant avec le sourire. Nous rentrâmes ensuite chez lui car il commençait à avoir de l’orage…
Je venais à peine de rentrer quand je sentis une main saisir mon poignet et me projeter contre la porte fermée. Anthox me maintenait contre avec une étrange force et me fixait de ses yeux noirs de désir, me faisant frissonner et sourire à la fois.
-Monsieur est un rapide, mh ?
Il m’embrassa sauvagement pour toute réponse et ça me convenait. Ses mains s’accrochèrent à mes hanches et son cou s’étira pour que je n’aie pas à trop baisser le mien. Je le poussais doucement vers les escaliers et nous les montâmes tout en nous embrassant. Il me poussa dans sa chambre, referma la porte et m’allongea sur le lit encore défait.
LEMON:
 
Nos ébats finis, il chercha ma main retombée sur le matelas et la serra. Il était bien plus tendre encore à ce moment là… Il s’allongea finalement à côté de moi. Je lâchai alors sa main pour poser ma tête sur sa poitrine, mon corps en travers du lit. Son bras se posa sur le haut de mon ventre pour récupérer sa prise sur ma main et nos doigts s’entrelacèrent.
Le silence qui pesait dans la chambre n’était brisé que par nos respirations encore saccadées de notre partie de jambe en l’air. Ce silence… Il était apaisant… Je me sentais bien, là, allongé dans le lit d’Anthox Colaboy, nos mains serrées. Après un plaisir intense, se fut un sentiment de bien-être inégalable qui m’envahit. Je contemplai nos mains qui ne bougeaient qu’au rythme de ma respiration avec un petit sourire dont je n’avais même pas conscience.
Nous restâmes un moment comme ça avant que mon amant ne se redresse et retire doucement son bras. Je m’écartais et me tournais vers lui, interrogateur. Il commença à se rhabiller et je fis de même. Enfin, pas entièrement car mon t-shirt était à l’autre bout de la pièce et je n’avais pas envie de me lever du lit. Anthox me le jeta en pleine figure.
-On descend ? demanda-t-il.
Je haussai les épaules avant d’enfiler mon haut.
-Si tu le souhaites…
Il sortit alors de la chambre. Je le suivis jusqu’en bas où nous nous assîmes sur le canapé. Il alluma la télé sur la chaîne d’information.
« La police était sur le lieu du cambriolage en grand nombre mais les deux fugitifs n’ont pas été attrapés ni même reconnus. Selon les policiers chargés de l’enquête, ils ont tués les hommes qui sécurisaient la Banque cette nuit-là avant de pénétrer dans la plus grande salle des coffres. Puis ils seraient ensuite parti et auraient disparus dans le district C, échappant ainsi aux forces de l’ordre. Ils sont introuvables aujourd’hui. »
Je voyais le large sourire sur le visage d’Anthox en écoutant cela.
-Ils ne nous ont pas reconnus ! s’exclama-t-il. C’est parfait…
-Et ton sens du spectacle ?
-Leur incompétence et la télé prouvent qu’ils n’ont pas examiné le billet que je leur ai laissé… Ils le verront peut-être un jour…
Il se mit à rire avant de se relever, plus énergique que jamais.
-Tu as réussi ton premier braquage ! Et un gros… Ça mérite qu’on se boive une bouteille de champagne, juste pour fêter ça…
J’acquiesçai et il ramena deux verres et la bouteille. Cette fois-ci, ce fut moi qui remplis les deux verres. Nous les prîmes , trinquâmes et bûmes quelques gorgées avant de poser les verres. Je me tournais vers Anthox, adossé à l’accoudoir du sofa.
-Donc… On est ensemble maintenant ? le questionnais-je.
-Bien sûr, sourit-il en s’approchant de moi pour se positionner finalement au dessus. Il m’embrassa amoureusement, tendrement, puis s’écarta de nouveau et finit son verre. Je fis rapidement de même.
La reste de la journée passa bien vite. Je fus surpris quand, au soir, Anthox proposa qu’on aille chez moi cette fois-ci. J’acceptais et nous nous retrouvâmes, le soir, dans mon lit une place, enlacés et s’embrassant. C’était tellement plaisant… Je fermais les yeux et me laissais bercer par la caresse du souffle de mon petit-ami dans mon cou.
Je m’endormis finalement dans ses bras, ceux d’un criminel qui avait capturé mon cœur comme mon intérêt, ceux d’un bandit aussi sexy que mystérieux, ceux d’Anthox Colaboy, et je priais pour y rester toute ma vie…

*Nom entièrement fictif.

Merci d'avoir lu jusqu'à la fin. Ce texte est très important pour moi parce que c'est celui sur lequel j'ai le plus bossé (Anthox en est témoin, il a dû supporter mes conneries racontant un tout petit peu ce que j'écrivais (le pauvre aim dé air)). Il fait onze mille mots. Onze mille putain de mots. Le plus long texte que j'ai jamais écrit et je l'offre à deux adorables vidéastes de talent : Anthox Colaboy et Absol Vidéos. Je sais qu'ils ne le liront sans doute jamais mais je tiens quand même à leur adresser un petit mot :
Merci les gars pour ce que vous faites. Vous nous faites rire chaque jour, vous nous divertissez (en dépit de la santé, pour Absol. Repose toi mon vieux, nous lâche pas tout de suite). Vous apportez la joie quoi... Vous êtes géniaux ! D'ailleurs, j'ai souvent utilisé la playlist Soundclound des sons d'Anthox pour écrire ce texte qui m'a pris environ trois semaines. Plus personnellement, vous êtes adorable pour l'avoir écouté raconter des conneries et 36 15 un peu ma vie aussi sans me dire "putain mes meufs on s'en balekouilles" (même si vous deviez le penser très fort <3). Ça m'a fait tellement de bien d'être encouragée par Anthox (parce que Absol n'a pas beaucoup le temps de répondre aux messages) par des messages tels que "je suis sûr que ton écriture est excellente", "bon courage ma belle", etc... Ça m'a tellement touché que j'ai souris toute la journée. Il a illuminé certaine de mes journées comme VOUS illuminez la lienne par vos messages.
En bref vous êtes deux hommes talentueux et adorables <3

Maintenant, je souhaite remercier Floraly et Mistakes qui ont corrigés ce texte (c'est rare que je fasse appelle à des correctrices laul). Un gros merci à elle pour avoir pris de leur temps pour corriger mes vilaines fautes et mes incohérences (puis les passages merdiques aussi). Des gros bisous les filles <3
Ensuite, merci à vous, chers lecteurs. Ceux qui le suivent, ceux qui votent, ceux qui aiment ce que j'écris même si c'est pas le fun, ceux qui commentent, ceux qui me soutiennent. Merci à tous, sincèrement, et des bisous <3
Voilà, voilà !

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"La vie est courte. Riez fortement, embrassez longuement, aimez véritablement et pardonnez rapidement."

PP : ''Portrait de mademoiselle Charlotte du Val d'Ognes", Marie Denise Villers

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