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Chapitre 5 : Babillard itinérant

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Nyal27
Noctali de l'ombre
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Jeu 9 Aoû - 14:36
Jongdae plongea sa fourchette en plastique dans sa boîte à repas, sa jambe rebondissant nerveusement sur le sol. Il se tenait debout, appuyé contre le meuble où étaient entassées des nécessités en tout genre, comme la fameuse cafetière, des paquets de serviettes en papier ou encore quelques stylos qui avaient probablement été abandonnés là par inadvertance. Jongdae soupira intérieurement. C’était plutôt compliqué pour lui de manger le plus lentement possible, quand il passait sa vie à tout faire en un éclair. Pourquoi demander à une gazelle de marcher jusqu’au prochain point d’eau, quand elle pouvait galoper ? L’aboutissement demeurait le même.
Hélas, l’ingénieur qui s’occupait de son ordinateur portable, Chanyeol, ne pouvait pas encore faire de miracles – du moins, pas à sa connaissance, et puisqu’il ne pouvait décemment pas écrire des articles de journal entiers sur papier ni utiliser la vieillerie fournie par l’entreprise, il se retrouvait à devoir raccourcir le temps par tous les moyens possibles.
Et cela incluait manger son repas fait maison le plus lentement possible.

Son talon cognant doucement contre le carrelage de la pièce dans un bruit aussi sourd et régulier que les battements de son cœur, Jongdae retenait tant bien que mal une grimace de frustration. Même lorsqu’il chassa le dernier grain de riz froid qu’il restait dans sa boîte, il prit son temps pour décrocher un verre en plastique de la pile qui penchait dangereusement à côté de la fontaine à eau et fit exprès de ralentir ses mouvements quand il vint tourner le robinet pour remplir son verre.
Une véritable torture.
Heureusement, il avait eu l’intelligence de manger son repas bien après ses autres collègues, ignorant volontairement les grondements réprobateurs de son estomac en faveur de sa réputation. Il aurait cordialement haï se traîner l’étiquette de mou du genou quand tout son être bourdonnait en permanence. Et quand bien même il n’avait jamais bien prêté attention à son statut social en deux années de contrat à durée indéterminée, il préférait toutefois éviter qu’une rumeur le concernant remonte jusqu’à ses supérieurs. Il ne pouvait définitivement pas se permettre de perdre son job.

Cette pensée lui permit de contenir son exaspération encore quelques minutes, le temps de jeter ses déchets dans une poubelle et de sortir de la cuisine aménagée.

De l’autre côté de la porte, il retrouva l’ambiance effrénée de l’open space qui semblait ne jamais s’interrompre, même à l’heure des pauses. Rejoignant son bureau en quelques longues enjambées – et se contrariant quand, à la réflexion, il se rendit compte qu’il aurait pu perdre plus de temps sur le trajet eut-il simplement multiplié ses pas –, il fourra sa boîte à repas dans sa grande sacoche noire sans cérémonie. Autour de lui, la salle bruissait de conversations animées et de papiers qui se froissaient, de roulettes de chaises qui couinaient et de bruits de pas précipités. Jongdae se frotta le nez d’un air absent avant de finalement récupérer le livre qu’il avait préféré ranger dans son sac plutôt que de le laisser à la vue de tout le monde. C’est en renfonçant son dos dans son fauteuil qu’il se replongea pour la énième fois dans Toujours, qu’il était bien déterminé à finir.

« Je n’arrive plus à faire confiance. J’ai une situation financière stable, un métier qui ne me fait pas rêver mais qui me plaît assez, aucun problème de santé et une petite-amie qui m’aime de tout son cœur, mais je n’y arrive pas. Chaque jour, c’est le même refrain, – »

– Hé Jongdae, t’as trouvé quelque chose pour t’occuper du coup ?

Confus, le susnommé cligna des yeux et leva la tête, rencontrant l’air curieux de l’un de ses collègues.

– Baek’, tu vois bien qu’il est en train de lire, arrête de déranger le monsieur !, réprimanda sarcastiquement Zitao, qui venait de s’avachir sur sa propre chaise dans un grincement retentissant.
– Mais je ne faisais que poser une question…, bouda l’autre.

« – je n’arrive pas à m’ouvrir. Je tiens des relations éloignées avec mes amis, c’est comme si j’étais là mais que je n’étais pas vraiment là à la fois. Ils ne savent rien de ma vie, de mon passé, de ce qui fait de moi qui je suis, et je ne peux tout simplement pas m’amener à en parler. – »

– Dis, Tao, t’as quelque chose de prévu samedi ? Parce qu’on vient de me refiler un dossier sur un chanteur et j’ai la flemme d’y aller tout seul…

« – J’ai l’impression d’avoir une barrière, quelque chose qui m’entrave et m’empêche d’être à cœur ouvert, et je ne comprends pas pourquoi. »

– Si c’est encore sur Justin Bieber, tu peux aller voir ailleurs si mon cul y est...
– Mais non ! Et puis, d’abord, je t’ai pas éduqué comme ça, que je sache ! J’te jure, tu mériterais qu’on te fasse un bain de bouche à la javel des fois…
– Bon, bon ! Alors, c’est sur qui ?

« → Bonjour. Le subconscient humain est un sujet terriblement passionnant. C’est d’ailleurs de cette partie de votre cerveau que proviennent les ‘impressions’, car votre subconscient collecte et analyse les données bien plus rapidement que votre conscient, se servant de ces informations pour les comparer à des situations que vous avez déjà vécues. C’est pour cela qu’il est en fait conseillé d’écouter toujours au moins d’une oreille votre instinct, et de faire confiance à votre subconscient, qui ‘réfléchit’ plus vite que votre conscient et peut vous permettre d’éviter un danger. »

– Aucune idée ! J’ai pas encore regardé.
– Ah bah, ça m’avance beaucoup, ça.
– Ouais mais…

« C’est là qu’intervient mon raisonnement. Peut-être avez-vous déjà vu votre confiance se faire trahir, et l’avez-vous mal vécu, menant ainsi votre subconscient à vous empêcher de refaire deux fois la même erreur ? Cette partie de vous ne veut que votre bien, d’une certaine façon, puisque vous souhaitez vous épargner de revivre une situation qui vous a fait.e souffrir, mais rappelez-vous : errare humanum est. »

– Mais ..?
– C’est dans un bar.
– OK,  j’viens.

« Le problème étant que perdre un réflexe est dur, d’autant plus s’il est inconscient. La solution la plus radicale serait de choisir la personne qui, d’après vous, sait le mieux garder un secret, et d’essayer de lui confier régulièrement un fait à propos de vous. Cela peut être de votre plat préféré à la couleur de la maison de votre enfance. Une fois tous les deux jours ou une fois par semaine, aucune importance, tant que c’est un cycle régulier ! Il faut compter environ deux mois et demi pour prendre une nouvelle habitude, et le temps passe toujours plus vite qu’on ne le pense vraiment. »

– Bah dis donc, il faut pas grand-chose pour te convaincre toi…

Alors que la voix de Kyungsoo s’élevait pour s’immiscer dans le dialogue des deux compères, Jongdae tourna la page et fronça le nez lorsqu’il s’aperçut qu’il atteignait bientôt la fin du livre. Pensant brièvement aux horaires de la bibliothèque qu’il avait pris soin de mémoriser – celle-ci étant fermée le lundi –, par mesure de précaution, il décida de s’arrêter dans sa lecture afin d’avoir quelque chose à lire avant son coucher. Rangeant Toujours dans sa sacoche, Jongdae jeta distraitement un regard à l’heure, le bruit des conversations environnantes s’étouffant dans sa tête alors qu’il réfléchissait.
A son grand désarroi, l’horloge de son téléphone indiquait paisiblement 14:37.
Le journaliste eut un petit sourire amusé quand lui vint en tête l’image rêveuse de son sac rempli à craquer de livres, tandis qu’il se demandait presque plaintivement ce qu’il allait bien pouvoir faire pendant les deux heures et demi restantes qu’il avait à sa disposition. C’était terrible, d’une certaine façon, d’en arriver à regretter de ne pas avoir de dossier sous la main quand il passait son temps à soupirer devant les papiers qui s’empilaient sur son bureau…

Ce fut à ce moment-là que Baekhyun entra dans son champ de vision avec une glissade plus ou moins contrôlée, les roulettes de sa chaise de bureau couinant désagréablement contre le sol.

– T’es plutôt filles ou garçons ?

Jongdae écarquilla les yeux alors que, derrière, Zitao laissait échapper une exclamation de surprise retentissante face au culot de la diva. Celle-ci ajouta :

– Ou les deux, franchement, je juge pas.
– Baek’…, gémit le blond d’un air exaspéré.
– Quoi ? J’me renseigne, c’est tout !

Zitao laissa sa tête retomber lourdement contre la table.

– Fais gaffe, panda, tu vas finir par ne plus avoir de neurones à force d’en perdre, taquina l’autre.

Pour toute réponse, il n’eut droit qu’à un grognement éloquent. Baekhyun se retourna vers Jongdae, ses yeux le fixant dangereusement alors qu’il le pressait muettement de fournir une réponse. Terriblement embarrassé, le rédacteur ne sut que répondre sous le regard perçant du calomniateur, et ce fut Kyungsoo qui lui sauva la mise de sa voix ennuyée :

– Au lieu de le harceler et de contribuer à la pollution sonore, tu veux pas plutôt te remettre à bosser ?

Baekhyun fit la moue, mais il céda et fit à nouveau couiner sa chaise en direction de Zitao, ayant vraisemblablement capté le sous-entendu. Jongdae tourna le regard vers Kyungsoo dans l’intention de le remercier, mais l’homme aux cheveux noir de jais s’était déjà replongé dans son ordinateur portable, le visage fermé par la concentration.

Jongdae soupira.


Passant ses doigts dans ses mèches couleur corbeau pour y faire régner l’ordre, le journaliste réajusta sa chemise en tirant un peu sur le bout du tissu blanc. Sa sacoche se balançait dans son dos alors qu’il franchissait les portes d’entrée de l’immeuble. Devant lui, Baekhyun et Zitao échangeaient avec enthousiasme, se retournant de temps à autre pour vérifier qu’il suivait toujours.

– Ça fait bizarre de te voir sortir aussi tôt, en tout cas, confia Tao d’un ton amusé.

Jongdae haussa les épaules et lui fit un maigre sourire.

– C’est vrai ça, pourquoi est-ce que tu passes autant de temps ici ? J’suis sûr qu’ils te payent pas, en plus, ronchonna le plus petit.
– Bien sûr qu’ils le payent, Baek’, répondit le blond en levant les yeux au ciel.
– On sait jamais ! C’est des rapaces là haut, ils te fixent avec leurs petits yeux vides pour dévorer ton âme, j’te jure !
– Non là, tu parles de Brigitte.
– Mais laisse-la en paix, cette pauv’ vieille, elle t’a rien fait ! Pourquoi est-ce que tu lui mets tout sur le dos en ce moment ?
– Roh ça va, elle va mourir de toute façon.
– Jésus, Marie, Joseph…

Zitao éclata de rire.

– Tu sais que t’es athée, quand même ?
– Et alors ?
– J’sais pas. Ça se fait pas trop de dire ça quand t’es athée, non ?
– Quoi, tu veux que je dise ‘Jackie, Maïté, Jeannot’ à la place ?
– Oh là là, non, évite. Comment tu fais pour trouver des noms aussi moches ?
– Hé, respecte Maïté ! Sinon, elle va commencer à te prendre, et à te sucer le derrière !
– Et après, c’est moi qui parle mal…
– Sucer est un verbe tout à fait acceptable, je ne vois pas ce qui te dérange.

Jongdae pouffa en voyant Tao transpirer le désespoir, tandis que Baekhyun relevait fièrement le menton comme s’il avait gagné un débat. Ce dernier lança un regard étincelant à Jongdae, puis glissa un bras autour du cou de son ami pour le tirer vers le bas et lui ébouriffer ses cheveux blonds. Cependant, il le relâcha bien vite lorsqu’une sonnerie de téléphone se mit à résonner bruyamment dans la rue. Baekhyun sortit son portable de sa poche et, après avoir regardé qui osait l’appeler, décrocha aussitôt avec un grand sourire.

– Heyyy, quoi de neuf ! Nan, tu me déranges pas, j’étais juste en train de torturer le panda. Comment ça, ‘comme d’habitude’ ? Je prends mon rôle de maman très à cœur, figure-toi.

Zitao roula des yeux et ralentit l’allure pour venir marcher à côté de Jongdae, lui demandant gentiment vers où est-ce qu’il habitait de sa voix douce.

– Ah ouais, déjà ? Mince, tu t’améliores, je crois que t’avais eu besoin de, genre, deux fois plus de temps la dernière fois !

Tao retint un rire moqueur et marmonna « lèche-botte » en guise de commentaire. Baekhyun l’incendia du regard, les sourcils froncés, alors que Jongdae étirait un petit sourire amusé.

– Bon bah cool, je passe chez toi, dans ce cas ! Ça fait un bail qu’on s’est pas fait une petite soirée cinéma. Yep. Ouais, t’inquiète. Mais pour qui tu m’prends, évidemment que je ne vais pas oublier le pop-corn. Franchement, c’est à se demander si tu me fais confiance, des fois !

Baekhyun éclata de rire, alors que de vives protestations s’élevaient probablement de l’autre côté du combiné.

– J’te taquine, va. Bien sûr. Okay, à tout de suite, Chan !, finit-il d’une voix incroyablement douce.

Zitao mima un haut-le-cœur, et répéta d’un air écœuré :

‘Chan’ ? Quand est-ce que vous allez vous marier, déjà ?
– Arrête tes conneries, c’est juste mon meilleur ami.

Jongdae échangea un regard avec le blond, qui finit par soupirer et changer de sujet. Le journaliste sentit alors son propre téléphone vibrer contre lui, signalant l’arrivée d’un nouveau message.

[Yixing]
> Chanyeol en a terminé avec ton ordinateur. Tu veux que j’y aille ?

Ça dépend, c’est quoi son adresse ? Si je suis pas loin, je peux peut-être en profiter. <



Il rentra le numéro de la rue dans Google Maps, et zooma sur l’itinéraire que lui proposait l’application.


Ça va, c’est à quelques pâtés de maison. J’y vais, merci Yixing ! <

> De rien. Rentre pas trop tard, j’ai la flemme de faire à manger, et j’ai faim

T’inquiète, ventre à pattes <

> En attendant, c’est pas moi qui ai renversé du café sur mon ordinateur. Et bim.




Jongdae renifla d’un air amusé et envoya un smiley à son colocataire avant de se remettre à écouter la discussion toujours aussi animée de Baekyun et Zitao. Quelques rues plus loin, c’est avec un grand sourire en coin et un dernier bon rendez-vous taquin – qui lui valut d’ailleurs un taquet de la part du brun visé – que Tao bifurqua sur la gauche, laissant les deux autres poursuivre sur leur chemin. La conversation s’était tarie et bientôt, un silence calme régnait dans la ruelle dans laquelle ils marchaient. Jongdae pouvait presque sentir le brun à côté de lui s’agiter, probablement parce qu’il n’était pas habitué à une telle tranquillité. Subitement, comme s’il n’y tenait plus, Baekhyun demanda avec curiosité :

– T’habites pas loin ? Comment ça se fait que je ne t’ai jamais vu par ici ?
– Non, j’habite vers là-bas en fait, répondit-il avec un vague geste de la main. J’ai juste une course à faire par ici.
– Ton ordinateur, commenta l’autre en hochant la tête comme si c’était évident.

Jongdae le dévisagea d’un air stupéfait. Baekhyun se contenta de hausser les épaules et de lui sourire en guise de réponse. La déclaration qu’il avait faite quelques heures plus tôt se rappela joyeusement au bon souvenir du journaliste, quelque frisson glacial remontant alors désagréablement le long de sa colonne vertébrale. « Je sais tout, Jongdae. »
Il avala sa salive tandis que Baekhyun se hâtait d’un pas guilleret.
Un peu plus tard, son étrange compagnon de route ralentit pour finalement s’arrêter devant une maison qui ressemblait sensiblement à toutes celles qui l’entouraient. Le téléphone de Jongdae émit un petit bruit clair pendant que Baekhyun s’apprêtait à lui dire au revoir, et les deux jeunes hommes se regardèrent en chiens de faïence en réaction à ce que cette notification sous-entendait. Jongdae baissa les yeux vers l’écran de son mobile, qui affichait fièrement qu’il était arrivé à destination, et cligna des yeux en signe d’incompréhension.

Ici ? Vraiment ?

Baekhyun décida pour eux deux et appuya sur la sonnette. Au bout de quelques instants, un grand gaillard se présenta dans l’encadrement de la porte, lançant un sourire éblouissant au plus petit des deux et secouant vigoureusement la main de Jongdae lorsqu’il apprit qui il était. Répétant un nombre incalculable de bien sûr, bien sûr à voix basse, celui qui s’appelait donc Chanyeol se précipita à l’intérieur et revint avec à la main ce que Jongdae déduisit comme étant son ordinateur portable soigneusement empaqueté. Ses grands yeux marron brillaient d’une gaieté enfantine, sa bonne humeur communicative achevant de mettre à l’aise l’écrivain aux cheveux noirs, qui le remercia autant qu’il le pût avant que l’informaticien ne finisse par chasser sa gratitude d’un mouvement de la main avec un large sourire.
Chanyeol voulut lui offrir quelque chose à boire, mais Jongdae refusa gentiment, se mordant la lèvre en voulant discrètement retenir un sourire au souvenir abrupt de la conversation entre Zitao et Baekhyun à propos de leur rendez-vous-qui-n’en-était-pas-un. Réussissant à glisser un dernier merci, il opta plutôt pour prendre congé des deux autres, s’esquivant plus ou moins fluidement de la conversation en hochant la tête lorsque le brun lui jeta un « on s’voit demain au boulot ».


Sur le chemin du retour, Jongdae s’amusa de voir la bibliothèque fermée. Avec les stores déroulés jusqu’au sol et toutes les lumières éteintes, on aurait tôt fait de manquer le petit bâtiment pris en sandwich entre deux immeubles. Il passait si inaperçu que, eût-il essayé, Jongdae n’aurait probablement jamais deviné que c’était en fait une multitude d’univers entiers qui se cachait derrière cette façade close. Plongé dans ses pensées, il réfléchissait à ce qu’il allait bien pouvoir faire pour le repas du soir lorsqu’il se cogna contre quelqu’un qui venait en sens inverse. Le souffle brièvement coupé par l’impact, Jongdae leva les yeux et vit un jeune homme se répandre en excuses. Il portait dans ses bras un chat de gouttière qui semblait contrarié par sa position et qui l’avait vraisemblablement vivement exprimé, à en juger par les griffures rouges sur l’avant-bras de celui qui le tenait, mais ces égratignures ne semblaient pas l’incommoder le moins du monde.
Une fois que Jongdae eut réussi à lui faire perdre son expression mortifiée en le rassurant que oui, tout allait bien, l’homme murmura un dernier « désolé » sincère et précipité avant de reprendre sa route, le félin laissant échapper une série de bruits plaintifs. Le journaliste n’avait pu s’empêcher de l’observer à la dérobée, se demandant pensivement ce que cela devait être de passer la main dans ces cheveux bruns soyeux qui retombaient en mèches légèrement ondulées sur son front, et se remémorant la paire d’yeux chocolat paniquée qui avait inspecté son corps en quelques secondes afin de traquer la moindre trace de blessure.

Les miaulements finirent par s’effacer dans la nuit, et avec eux ces pensées, distraitement chassées par une liste non-exhaustive du contenu comestible du frigo de Jongdae et Yixing.


La table vibrait. Les lattes de bois grossier s’entrechoquaient entre elles, transmettant les secousses d’un côté à l’autre à l’instar d’un curieux instrument de musique. La vibration parcourait le plateau entier jusqu’aux quatre épais pieds, qu’elle dévalait avant de s’étouffer sourdement au sol.
Yixing céda.

– T’es sûr que tu ne veux pas décrocher ?

Jongdae leva les yeux des assiettes qu’il était en train de frotter avec le dos vert élimé d’une éponge. Son colocataire le fixait depuis le canapé où il avait posé son postérieur quelques dizaines de minutes auparavant, ses yeux couleur boue assombris par le froncement de ses sourcils. Sur la table, son téléphone tremblait désespéramment, l’écran illuminé par un appel entrant. Jongdae haussa les épaules. Qu’il décroche ou non semblait lui être parfaitement égal, et Yixing faillit laisser son front rencontrer amoureusement la table, submergé par l’exaspération. C’était quoi à la fin, ce manège ? S’il était si campé sur ses positions, pourquoi n’allait-il pas jusqu’à carrément bloquer le numéro ? C’était la deuxième fois que cela arrivait en trois jours, à croire qu’il se l’infligeait volontairement !
Avec un soupir, Yixing observa son ami rincer les assiettes et se saisir de la vaisselle déjà égouttée, balançant régulièrement le torchon sur son épaule à chaque fois le temps de ranger ce qu’il venait d’essuyer. C’étaient des gestes rendus presque réflexes par l’habitude, que Jongdae pouvait certainement faire en fermant les yeux, mais Yixing vit ses mains se crisper sur le verre dont il semblait déterminé à arracher les molécules mêmes à l’aide de son chiffon.

Le téléphone cessa de sonner.

Durant les minutes suivantes, Yixing put presque sentir les muscles de Jongdae se détendre, son dos perdant sa ridicule posture arquée et ses épaules se relâchant. Comment un simple appel pouvait-il le troubler autant, et pourquoi se soumettait-il volontairement à un tel traitement ? Yixing pencha la tête, interrogateur. Mine de rien, s’il avait certes appris beaucoup de choses à propos du jeune homme au cours des deux années qu’ils avaient vécues ensemble, le serveur n’avait l’impression d’avoir effleuré qu’une partie des eaux troubles dans lesquelles baignait l’esprit complexe du journaliste.
C’en était presque effrayant.

– Je me disais, fit soudain Jongdae, je pourrais peut-être y aller ce soir ?

Yixing étudia son expression fermée et finit par acquiescer. En soit, son avis n’importait probablement pas vraiment dans la question, mais il avait comme le sentiment que son approbation donnait la conscience tranquille à son ami. Le contrat que Jongdae avait signé lui permettait également de venir quand il le souhaitait, à partir du moment où il prévenait de sa présence au moins deux heures à l’avance. Et puis, sortir lui ferait du bien, après l’atmosphère orageuse du travail et le stress qu’il avait subi dans les dernières quarante-huit heures.

– Tu viens avec moi ?, poursuivit Jongdae sur le ton de la conversation, alors qu’il se saisissait de son téléphone dans le but d’envoyer un message au manager.
– Ce soir ? Tu m’embêtes, pour une fois que je bosse pas…, ronchonna Yixing.

Néanmoins, son ton affectueux dénotait qu’il avait déjà pris sa décision, et il ne put s’empêcher de rire un peu lorsque Jongdae essaya de l’attendrir avec son regard de chien battu. Levant les mains comme pour signifier son impuissance, l’aîné marmonna un « oui, oui, ça va, j’viens » qui sonnait faussement agacé, son ami lui répliquant alors qu’il n’avait qu’à le dire s’il le faisait chier. Appuyant ses paroles d’un coup de torchon humide, Jongdae réprima un sourire et fila dans sa chambre, plantant Yixing là avant que celui-ci ne puisse lui reprocher son impertinence. Le serveur se renfonça dans le canapé gris, secouant gravement la tête tandis qu’il poussait un soupir amusé.

À travers l’appartement, la voix haute de Jongdae s’enquit :


– Dis, il nous reste de la teinture ?

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Tomber donne l'impression de voler...
...Jusqu'à ce que tu heurtes le sol.


   Va donc jeter un coup d'oeil à mes fictions ici !    




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Floraly
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Ven 10 Aoû - 9:15
Hey !

Plus qu'un chapitre et un RP à poster avant la fin de l'été et tu auras payé ta dette au tribunal ♪
Héhé, non, plus sérieusement, c'est cool de revoir un chapitre de cette histoire après de longs mois sans nouvelles ! =D

Bon, du coup, je t'avoue que je suis toujours autant dans l'impasse quand je dois commenter tes textes. Je lis tes chapitres comme je mange des petits pains (j'aime les petits pains) et je t'avoue que je trouve pas grand chose à y redire. Du coup, on va envoyer la constructivité faire un tour au placard et se faire des petits commentaires en mode "réaction", parce que sinon ça va faire court ! xD

J't'avoue que je trouve ça plutôt original (et culotté) de commencer ton chapitre avec : un type qui mange lentement. Sérieusement, c'est dans ces moments-là que je me rends compte que t'es capable d'écrire n'importe quoi. Début de chapitre, après un an (wtf, je viens seulement de me rendre compte que ça fait un an entier ! Moi qui me sentait coupable d’avoir pris quelques minutes pour me remettre en contexte, en fait je suis surprise de m’être souvenue si bien de la situation!), et tu nous sors un paragraphe sur un type qui mange lentement parce qu’il faut qu’il perde du temps.
C’est un coup de génie. (ou de... ouais, non. Génie.)

Enfin bref, quoiqu’il en soit, j’ai bien vite réussi à me remettre dans le bain. Effectivement, ce chapitre m’a l’air un peu plus « vivant » que les autres, dans le sens où je me souviens d’un chapitre quatre dans lequel il ne se passait pas grand chose, avec surtout de la mise en contexte et de l’insertion de personnages, mais là on commence à sentir les prémices d’une action ce qui, je te l’avoue, fait du bien !

J’aime beaucoup la façon dont tu entrecoupes la lecture de toujours avec des bribes de dialogue. (j’adore les répliques que tu prêtes à tes personnages à chaque fois, je m’en lasse pas. Apprends-moi à faire des aussi bons dialogues.) Après, j’avoue que j’ai essayé de chercher un lien entre les répliques et les paragraphes de texte que tu fais lire à Jongdae à chaque fois, mais je n’ai rien trouvé, donc à moins que je n’aie pas su percer ta subtilité à jour, je pense que tu n’as pas spécialement cherché à lier les deux, ce qui n’était pas obligatoire mais qui aurait peut-être pu rajouter un plus sympa. Après, comme d’hab’, je pinaille.
J’ai trouvé ça cool que tu allèges un peu le gros pavé qu’aurait pu être la citation du livre en l’entrecoupant de dialogues. (Bon choix les dialogues, c’est à la fois une bonne interruption et assez court pour qu’on se souvienne encore de ce qu’on lisait avant. [Edit : après mes petites recherches, j’ai redécouvert que tu l’avais déjà fait dans le chapitre précédent. Bonne habitude, du coup]) Et puis, c’est très psychologique tout ça, je vois que madame s’est renseigné ! C’est des choses que tu savais d’avant ou tu as fait des recherches exprès ? Bon, après, ce que tu dis là n’est pas forcément ultra-poussé, mais ça passe bien dans le cadre d’un texte qui doit être scientifique et c’est toujours agréable d’apprendre un petit quelque chose en lisant de la fiction!(Fun fact, le truc sur les habitudes qu’on prend en deux mois et demi je l’ai vu en cours à l’université cette année!)

Nyal a écrit:
Ce fut à ce moment-là que Baekhyun entra dans son champ de vision avec une glissade plus ou moins contrôlée, les roulettes de sa chaise de bureau couinant désagréablement contre le sol.

– T’es plutôt filles ou garçons ?
Je ne m’explique toujours pas si j’aime cette scène parce que tu l’as rendue très visuelle ou si c’est à cause de l’impertinence de Baekhyun, mais j’aime beaucoup ce passage.

Nyal a écrit:
– On sait jamais ! C’est des rapaces là haut, ils te fixent avec leurs petits yeux vides pour dévorer ton âme, j’te jure !
– Non là, tu parles de Brigitte.
... Mais quel est cet étrange délire ? Laissez cette pauvre Brigitte tranquille bande de p'tits voyous !
(Non, en vrai, c'est marrant, mais ça fait bizarre de voir un nom si latin dans une histoire où ils ont tous des noms asiatiques !)

Nyal a écrit:
– Roh ça va, elle va mourir de toute façon.
– Jésus, Marie, Joseph…
Tu l'aurais pas un peu piquée à Carl, celle-là ? xD
Ça a fait tilt dans ma tête ;P

Parlons un peu de tes personnages, et plus exactement de leurs relations ! Si tu nous as bien construit la relation entre Jongdae et Yixing (j’te jure que je fais des efforts pour retenir les prénoms xD) et que tu as bien amené les collègues de Jongdae avec les relations dans la petite bande, j’avoue avoir été perdue sur la question Chanyeol.
Il est relié aux deux univers, mais tu sembles nier tout lien jusqu’au moment où Jongdae et Baekhyun débarquent tous les deux chez lui, ensemble. Et franchement, c’est grillé à environ vingt-cinq mille kilomètres que c’est du même Chanyeol dont ils parlent tous. Du coup, j’avoue que je reste un peu sceptique devant ce petit « quiproquo » que tu as mis en place et qui me semble assez peu naturel. Alors certes, Baek’ veut peut-être s’amuser de la situation ou alors la discrétion habituelle de Jongdae fait qu’ils ne se rendent vraiment pas compte qu’ils vont au même endroit, mais dans tous les cas ça me semble un poil absurde. Après, je pinaille hein, c’est pas la mort ou quoi, mais ça m’a embrouillé, parce que c’était un peu gros pour moi ;D

Autre petit point de trouble pour moi : Quand il dit « je pourrais peut-être y aller ce soir ? », j’ai pas réussi à savoir de quoi il parlait. Je sais que ses collègues parlaient du dossier d’un chanteur dans un bar, mais je doute qu’il s’agisse de ça, et mes souvenirs ne me permettent pas de savoir si c’est quelque chose d’autre dont tu aurais parlé dans les chapitres précédents ou si c’est quelque chose que tu as amené à ce moment-là, mais dans tous les cas, un petit rappel du « où » pour accompagner le « quand » ne m’aurait pas fait de mal. (Surtout vu le temps qu’il y a entre ton chapitre 4 et 5, mouahahah!)

Et j’avoue avoir eu la même réaction que ta chère bêta-lectrice sur la fin de ce chapitre, un bon gros « WTF ? » d’incrédulité. J’aimerais bien comprendre le pourquoi du comment, un peu. ~

Et sinon, on a toujours le fameux appel téléphonique assez oppressant auquel Jongdae ne répond pas... Ça m’intrigue c’t’histoire !

Bon, sur ce, je crois que j’ai dit tout ce que je devais ! J’ai essayé d’être constructive, mais à ce stade-là, tout ce que je soulève est de l’ordre du détail ! C’est toujours un plaisir de lire tes chapitres et j’espère qu’on aura le droit au prochain avant 2019 ! ;P

Bye !
Flo’

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Sohuna
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Ven 10 Aoû - 19:45
Salut salut, c'est la bêta-lectrice qui a relevé plein de trucs auxquels réagir mais qui n'a pas pris de notes. Elle a donc tout oublié HAHA C'EST SURPRENANT. Buy me a brain plz. La prochaine fois, j'écrirai mon commentaire en parallèle du surligneur rouge :')

ALORS

Je vais pas quote tout ce passage, mais «l’agacement» de Jongdae par rapport au temps qui passe lentement est franchement contagieux. J'en venais à me dire mais merde, quand est-ce que les minutes avancent, à la fin ? Ça ne me donnait pas envie pour autant de lire plus vite ; juste que le temps libère ce pauvre chou. Honnêtement, je te lève mon chapeau pour m'avoir autant happée. [insérer un emoji levage de chapo]

«   – T’es plutôt filles ou garçons ? »
BAH OUI. BIEN SÛR. ÉVIDEMMENT. Baek.

« Sinon, elle va commencer à te prendre, et à te sucer le derrière ! »
HAHAHAHHAHAHAHA gg.

« La déclaration qu’il avait faite quelques heures plus tôt se rappela joyeusement au bon souvenir du journaliste, quelque frisson glacial remontant alors désagréablement le long de sa colonne vertébrale. « Je sais tout, Jongdae. » »
Wtf pourquoi je sens Baek genre vraiment, vraiment mal ?

« Jongdae leva les yeux et vit un jeune homme se répandre en excuses. »
Minnie i see u

« Le journaliste n’avait pu s’empêcher de l’observer à la dérobée, se demandant pensivement ce que cela devait être de passer la main dans ces cheveux bruns soyeux qui retombaient en mèches légèrement ondulées sur son front, et se remémorant la paire d’yeux chocolat paniquée qui avait inspecté son corps en quelques secondes afin de traquer la moindre trace de blessure. »
EOJNGIDJBGOFDSJGDMOFJBG
> message envoyé depuis mon cerveau

Bonbonbon, un chapitre qui met l'action en place, tout doucement ! C'est fort apprécié. J'aime toujours autant Toujours (LOL). Ce téléphone est toujours mystérieux. Yixing est un vrai nounours pipou. WTF BAEK ME SEMBLE LOUCHE ? Aled Minseok apparaît réellement stp. J'ai envie de revoir la rivière ? Il te reste une réplique de RP à trouver. Et on évite les hiatus d'un an, maintenant !;P

Allez, c'était pas de la qualité ce commentaire mais tant pis, j'avais rien de particulier à dire, c'était niquel ¯\_(ツ)_/¯

La bise !
Sohu

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